22.12.2010

UN MESSAGE FRATERNEL POUR NOEL ET AU DELA

     Il y a de cela fort longtemps un petit enfant est né très loin d’ici. Cet enfant, venu au monde parmi tant d’autres dans des conditions de pauvreté extrême, avait ceci de très particulier qu’il était porteur, nous dit-on, d’un espoir immense pour l’Humanité. On peut dire qu’à sa façon c’était un poète...

    Désormais, c’est chaque année à Noël que l’on célèbre cet espoir dans le monde entier parfois dans la ferveur, parfois sous l’aiguillon d’ambitions bassement mercantiles... Au delà des bons sentiments et des bonnes résolutions qui ne durent pas, au delà des croyances plus ou moins sincères et fantaisistes, au delà des traditions qu’il est de bon ton de respecter même si leur sens nous échappe, le message de paix symbolisé par cette période particulière de la Noël ne doit-il pas résonner en nous-même qui formons l’Humanité comme un appel sans cesse renouvelé à la résistance contre les fléaux de ce monde qui seuls enfantent pauvreté et misère : l’oppression et la guerre. La poésie est sans nul doute l’un des moyens de cette résistance...

    Contre la guerre tout d’abord. Evoquée plusieurs fois par jour par nos médias sans pour autant être ouvertement et fermement dénoncée, c’est dans une quasi-indifférence générale qu’elle continue de décimer des populations entières. C’est ainsi, nous dit le poète Jacques Prévert que :

 

 "La mère fait du tricot

  Le fils fait la guerre

  Elle trouve ça tout naturel la mère

  Et le père qu’est-ce qu’il fait le père ?

  Il fait des affaires

  Sa femme fait du tricot

  Son fils la guerre

  Lui des affaires

  Il trouve ça tout naturel le père

  Et le fils et le fils

  Qu’est-ce qu’il trouve le fils ?

  Il ne trouve rien absolument rien le fils

  Le fils sa mère fait du tricot son père des affaires lui la

       guerre

  Quand il aura fini la guerre

  Il fera des affaires avec son père

  La guerre continue la mère continue elle tricote

  Le père continue il fait des affaires

  Le fils est tué il ne continue plus

  Le père et la mère vont au cimetière

  Ils trouvent ça naturel le père et la mère

  La vie continue la vie avec le tricot la guerre les

       affaires

  Les affaires la guerre le tricot la guerre

  Les affaires les affaires et les affaires

  La vie avec le cimetière."

    Heureusement pour nous, il est des symboles de paix et de liberté qui nous ramenent sans cesse et parfois malgré nous à des sentiments humains authentiques grâce auxquels nous sommes capables de bravoure : l’oiseau en est l’un des plus forts.

     Jacques Prévert nous conte à ce sujet une amusante et curieuse histoire : elle a pour titre ... "Quartier Libre" :

     "J’ai mis mon képi dans la cage

     et je suis sorti avec l’oiseau sur la tête

     Alors

     on ne salue plus

     a demandé le commandant

     Non

     on ne salue plus

     a répondu l’oiseau

     Ah bon

     excusez-moi je croyais qu’on saluait

     a dit le commandant

     Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper

     a dit l’oiseau."

    L’oppression, quant à elle, peut revêtir différentes formes et la figure de ce commandant (à qui notre oiseau a gentiment cloué le bec) n’en constitue qu’une parmi tant d’autres... On peut dire qu’elle fait, pour le moins, perdre à la vie un temps précieux. Ecoutons Jacques Prévert nous parler de ce "Temps perdu" :

     "Devant la porte de l’usine

     le travailleur soudain s’arrête

     le beau temps l’a tiré par la veste

     et comme il se retourne

     et regarde le soleil

     tout rouge tout rond

     souriant dans son ciel de plomb

     il cligne de l’oeil

     familièrement

     Dis donc camarade Soleil

     tu ne trouves pas

     que c’est plutôt con

     de donner une journée pareille

     à un patron ?"

    Espérer, rêver à d’autres lendemains, n’est-ce pas aussi vouloir éteindre les faux soleils qui pour mieux nous tromper éclairent les mauvais chemins ? Mais peut-être finiront-ils par s’éteindre d’eux-mêmes lorsque nous aurons cessé de les révérer.

    Et c’est encore au poète que l’on confiera la conclusion :

     "Louis XIV qu’on appelait aussi le Roi Soleil

     était souvent assis sur une chaise percée

     vers la fin de son règne

     une nuit où il faisait très sombre

     le Roi Soleil se leva de son lit

     alla s’asseoir sur sa chaise

     et disparut."

 

A bientôt,

Christine

 

02.08.2010

"LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE": ANALYSE D'UNE TROMPERIE

    Les mots, à force d’être prononcés, ne finiraient-ils pas par perdre de leur substance jusqu’à qualifier à tort des pratiques tout à fait contraires ?

    La démocratie en tant qu’elle est sans cesse proclamée mais en réalité toujours bafouée ne serait-elle pas, dans l’état actuel des choses, un mirage ? Ainsi, les sociétés occidentales en particulier, se targuent d’être des démocraties : qu’en est-il exactement ? Selon Marc Fleurbaey, qui n’y va pas par quatre chemins, «[...] l'expression même de "démocratie" pour désigner les sociétés occidentales, est un bon exemple de publicité mensongère, un peu comme l’expression de "voiture propre" que l’on appliquerait à un véhicule qui pollue à peine moins qu’un autre. »

    Robespierre avait, à son époque, une conscience aigüe de la redoutable influence que les mots peuvent avoir sur les esprits lorsqu'ils sont employés sciemment ou non de manière inadaptée ; c’est pourquoi, dans le "Défenseur de la Révolution", il interrogeait ses lecteurs en ces termes : « Est-ce dans les mots de république et de monarchie que réside la solution du grand problème social ? »

    Notre bonne vieille société "démocratique" française, pour ce qui la concerne, continue d'arborer sur la façade de nombre de ses édifices publics la glorieuse et solennelle devise "Liberté, Egalité, Fraternité"... Quels enjeux dissimulent donc ces mots tant et si bien rabâchés et remâchés qu’on en a oublié toute la saveur ? Qui d’ailleurs parmi nous y prend encore garde ?... Et qui surtout prend la peine d’y aller voir d’un peu plus près, ne serait-ce que pour exercer enfin son esprit critique de façon pertinente ?...

    Car on sent bien que le simple fait de prôner à tout va ces concepts magnifiques de liberté, d’égalité et de fraternité lesquels, il faut tout de même bien le reconnaître! brillent étrangement par leur absence dans la réalité de l’existence de chacune et de chacun d’entre nous, donne finalement l’impression que tout désormais est dit et qu’il n’y a plus à y revenir.

    Pourquoi ?... Risquerions-nous d’y découvrir certains états de fait (ou méfaits) qui contredisent en tout point ce qui est de manière éhontée affirmé et considéré comme acquis ? Rappelons ici l’avertissement du clairvoyant Robespierre, sur le compte de qui certains historiens bien en vue se sont contentés de ricaner ou de médire au lieu de prendre le parti d'analyser de manière objective ses paroles et ses écrits, ... et pour cause ! : « Qu'importe que la loi rende un hommage hypocrite à l'égalité des droits, si la plus impérieuse de toutes les lois, la nécessité, force la partie la plus saine et la plus nombreuse du peuple à y renoncer. »

     La partie la plus nombreuse du peuple... En France, la population active était en 2006 composée à 86 % de salariés, ce qui revient à dire que la majorité de la population active était composée de travailleurs contraints de vendre leur force de travail pour vivre... Ce statut de salarié a donc la particularité de renvoyer directement à cette problématique que constitue la notion de liberté, premier droit inaliénable proclamé dans notre fameuse devise...

    Car, quoi qu'on en dise, le salarié -même moderne-, reste lié à son employeur pieds et poings par un contrat dans lequel il est, paradoxalement, réputé s'engager... volontairement. Comment cela se peut-il ? Marc Fleurbaye affirme que dans une économie de marché comme le capitalisme qui a la spécificité de consacrer l'omniprésence du contrat, «  le contrat salarial est un contrat de subordination (*) [qui] peut être défendu en arguant que la perte d'autonomie des salariés dans le monde de l'entreprise trouve son origine dans un libre consentement de leur part. [...] »

     Celui-ci souligne par ailleurs qu' « une certaine propagande libérale s'appuie depuis des lustres sur cet argument pour prétendre que nous vivons dans la "société du libre choix ». Et il conclut de manière pertinente et fracassante que « quelle que soit la façon dont on aborde les notions de liberté et de consentement volontaire, il est impossible d'échapper à cette dure vérité qu'un individu sans patrimoine a peu de liberté, et que son consentement à certains contrats reflétera les nécessités de la survie plus que sa volonté propre. »

   Considérant ainsi une transaction entre deux individus dans le système capitaliste, on peut aisément déduire que « lorsque [ces derniers] ont des richesses très inégales, [...] [cette] transaction "volontaire" peut revêtir un caractère beaucoup moins plaisant », car « la richesse supérieure de l’un devient un moyen de pression considérable pour obtenir de l’autre un consentement qu’il refuserait s’il était en meilleure posture. »

    Or, Marc Fleurbaye nous rappelle que le capitalisme est une économie de marché particulière dans laquelle « l’organisation de la production est placée sous le pouvoir ultime des apporteurs de capitaux », le capital ayant embauché le travail pour le placer sous son autorité. Et cela nous replace nécessairement face à la question d‘égalité - cette fois-ci intimement liée à celle de liberté - car, dans cet état de choses, on ne peut que constater « une répartition très inégalitaire de la propriété des capitaux et une influence prépondérante des possédants et de leurs affidés sur l’ensemble de la vie politique et sociale. »

    A suivre...

     Christine

                          

(*) Souligné par nous

 

 

 


 

 

05.07.2010

OPPORTUNISME ET TRAHISON

     Jamais l'on ne cessera de s'étonner de la perspicacité de Lénine dénonçant dans le "Social-Démocrate" du 9 janvier 1915, ces opportunistes qui claironnent haut et fort leur soi-disante fidélité au socialisme, ces « […] fonctionnaires des syndicats légaux, parlementaires et autres intellectuels commodément installés dans le mouvement de masse légal, […], soutenus et, pour une part, directement inspirés par la bourgeoisie […] ».

    Le 10 mai 1981, François Mitterrand était élu président de la République française. Une grande partie de la population était alors persuadée que c'en était fini du chômage, des injustices sociales, du “mal-vivre” et que tout allait enfin changer, radicalement. Car, il faut savoir qu'en 1976 (sources INSEE), la répartition du revenu après impôt accordait 1,5 % seulement du revenu total aux 10 % les plus pauvres, et 32,2 % aux 10 % les plus riches, ce qui faisait de la France l'un des pays les plus inégalitaires !

    En 1982 le gouvernement, décidé à en finir avec l'inflation, chargea le Centre d'Etude des Revenus et des Coûts (CERC) d'établir un “constat annuel de l'évolution récente des revenus”, afin de vérifier si la rigueur était vraiment partagée par tous. Cette institution devait présenter, en même temps que celle des salaires, une estimation de l'évolution la plus récente des revenus des principales professions non-salariées (artisans, commerçants, professions des services, professions médicales). Il s'agissait ensuite de procéder à l'examen de ce constat au cours de réunions annuelles organisées par le Commissariat au Plan, réunions où siègeaient l'Etat et les partenaires sociaux.

    Il semblerait cependant qu'à la suite de ces réunions, bien peu de résultats aient été obtenus dans le sens d'"une maîtrise concertée de la croissance des différents revenus”... En 1989, dans leur étude sur les revenus en France, Yves Chassard et Pierre Concialdi soulignent qu'entre 1982 et 1987 (la première “cohabitation” avec la droite datant de mars 1986), « la part de l'ensemble des revenus du capital (revenu primaire net des sociétés + revenu de la propriété des ménages) a connu une progression spectaculaire […], passant de 6,7 % du revenu national à 14,7 % alors que dans le même temps la part des revenus d'activité [ou revenus du travail] baissait de près de 7 points (72,7 % contre 79,5 %). » Les auteurs ajoutent en outre que la baisse a été continue de 1982 à 1987. 

    Les revenus du travail étant tout simplement considérés comme les principaux responsables de l'inflation, on “liquida” l'indexation des salaires sur les prix…, ce qui par ailleurs arrangea fort bien certaines catégories sociales à qui l'insigne privilège avait été par ailleurs accordé de fixer tout à fait librement leurs prix de vente ou leurs honoraires…

    Mais pour maintenir l'illusion d'un semblant de “régime socialiste”, il convenait d'éviter (du moins ouvertement) d'offrir des cadeaux invariablement aux mêmes catégories… C'est pourquoi en 1982, les “smicards” se virent exonérés de l'impôt sur le revenu. Un fort bel arbre en fait qui cachait… une forêt de ronces et d'épines. Car pour remettre les choses à leur place, il faut tout de même rappeler qu'un “smicard” cotise proportionnellement plus qu'un cadre pour la Sécurité sociale, et surtout, que plus de 90 % des prélèvements obligatoires sont supportés par les ménages salariés !

    Pour finir - car la liste des trahisons serait bien plus longue encore -, on infligea un infâme camouflet à la jeunesse de France. Près de 300 000 chômeurs, pour la plupart de moins de 25 ans, se retrouvèrent exclus du système d'indemnisation à la suite de la réforme du système d'assurance chômage intervenue en novembre 1982. Sans parler de la création, en 1984, d'emplois “au rabais” : Travaux d'Utilité Collective, Stages d'Insertion dans la Vie Professionnelle etc…, autant de caches-misère du chômage que de pourvoyeurs de main-d'oeuvre… gratuite !

    Alors, on est en droit de se demander ce que les grands responsables syndicaux, pour ne citer qu'eux, ont dit et fait pendant tout ce temps-là et jusqu'à maintenant ! C'est en fait très simple - et ils l'ont d'ailleurs confirmé, - ils ne sont pas là pour bloquer une France aux mamelles de laquelle il leur est donné de nourrir leurs propres ambitions... 

    Car, qu'on se le dise, il ne s'agit pour ces gens-là que de "cultiver son jardin". Cette activité n'a cependant aucun rapport avec la nécessité dans laquelle peut être placé un ouvrier de s'échiner, après une journée de travail, à faire pousser quelques légumes pour sa propre subsistance et celle de sa famille. On a bien plutôt à faire ici à l'expression d'une volonté bien moins louable et, à cause de cela, recouverte du prestigieux manteau de dame Philosophie.

    Rappelons que cette philosophie - toute particulière - fut prônée par un certain Voltaire qui, à son époque, était passé maître dans l'art de fricoter avec les "grands" tout en faisant fructifier ses affaires sur le dos et avec le sang de ceux qu'il qualifiait avec mépris de "boeufs" et à qui il se permettait de donner de grandes leçons d'humanisme et de tolérance...

   A ce peuple, c'est-à-dire nous, qui grâce aux non-dits de l'Histoire officielle, continuons de vouer à ce genre de personnage une admiration sans bornes et, ce faisant, ne cessons jamais de renoncer à prendre, enfin, notre destinée en main !

  Jusqu'à quand ??
 

  Christine

                                                            

16.03.2010

LA MOBILITE SOCIALE : UNE ILLUSION ?

    Il semblerait bien que tout soit organisé de manière à ce qu’un nombre limité d’élus et d’élues accède aux plus hautes fonctions politiques et économiques de telle façon que le système se reproduise en dépit des diverses secousses sociales dont il finit par être inévitablement la cible, mais qu’il parvient à désamorcer en concluant des compromis avec celles et ceux qui ont besoin de lui pour maintenir leur standard de vie et celui de leur progéniture.

    Vers 1800, le philosophe Antoine Destutt de Tracy, -parfait inconnu pour la plupart de nos concitoyens mais dont les propos valent tout de même le détour-, remarquait que « dans toute société civilisée, il y a nécessairement deux classes d'hommes ; l'une qui tire sa subsistance du travail de ses bras, l'autre qui vit du revenu de ses propriétés, ou du produit de certaines fonctions, dans lesquelles le travail de l'esprit a plus de part que celui du corps. La première est la classe ouvrière ; la seconde est celle que j'appellerai la classe savante. »

    Au contraire des enfants de la classe ouvrière qui doivent rapidement pouvoir intégrer les ateliers ou se mettre au service de familles aisées en qualité de domestiques et qui, par conséquent, ne peuvent selon l’expression de Mr Destutt de Tracy "languir" dans les écoles, « [les enfants] de la classe savante [...] peuvent donner plus de temps à leurs études : et il faut nécessairement qu'ils en donnent davantage ; car ils ont plus de choses à apprendre pour remplir leur destination [...] ».

    En somme, en vertu du fait que selon ce brave homme, ces inégalités « ne dépendent d’aucune volonté humaine » et « [...] dérivent nécessairement de la nature même des hommes et des sociétés », les enfants d’ouvriers -qui bien évidemment n'ont nul besoin de penser puisque leurs perspectives d'avenir se réduisent, tout comme celles de leurs parents, à devoir vendre leur force de travail pour seulement survivre, se verront dispenser une éducation sommaire avant d'être très vite dirigés vers l'apprentissage de divers métiers pendant que ceux que l'on destine à devenir hommes d’Etat ou hommes de Lettres (dont le rôle sera bien sûr de penser et d'agir à leur place) auront accès aux écoles centrales et spéciales...

    Evidemment, celles et ceux qui ne supportent pas que l’on vienne perturber le long fleuve tranquille de leur petite vie étriquée nous rétorquerons que nous sommes au XXIème siècle, que tout ceci appartient au passé et que la fée Démocratie est passée par là, ouvrant à grands coups de baguette magique la prestigieuse porte de l’université à la jeunesse des classes populaires. Nous sommes au regret de devoir les détromper : la mobilité sociale ne dépend aucunement de bons sentiments. Elle s'inscrit toujours dans un même rapport de forces lié à un antagonisme de classe qui - n'en déplaise aux réformistes forcenés- constitue encore et toujours la base de l’organisation de notre société.

    Dans les années 1960, par exemple, l’altruisme n’a rien eu à faire dans l’embauche massive par les banques et les PTT de jeunes gens et de jeunes filles venus de province. C’est Georges Pompidou qui l’a encouragée, inquiet qu’il était des graves répercussions sociales qu'un exode rural sans précédent était susceptible de provoquer, -exode rural par ailleurs déclenché par la lutte de classes entre petits et gros exploitants au sein du monde agricole. Il s’agissait donc bien d’éponger les surplus de main-d’oeuvre et c’est ainsi que, selon Henri Weber, « des dizaines de milliers de jeunes sont [...] entrés dans les bureaux, les agences et les centres de tri [...]. »

    Alors ? leur a-t-on ouvert toute grande la porte de l'université à tous ces jeunes qui souvent avaient réussi à passer le cap du lycée ? Et puis est-ce qu'un certain Marcel Boussac - grand patron, mais aussi adepte des champs de course de Chantilly et des diners mondains parisiens- avait vraiment intérêt à ce que les filles de ses ouvriers et ouvrières se tournent vers d'autres carrières que celle de leurs mères qui, il faut tout de même le rappeler, s'épuisaient dans des double journées de travail, cumulant tenue du foyer et travail à l'usine ? C'est que le poids de certaines d’entre-elles finissait tout de même par descendre sous la barre des quarante kilos, avant qu’on ne les envoyât pour se ressourcer et "oublier" leur dure existence (et, qui sait, pour qu'elles travaillent mieux encore à leur retour à l’usine ??) dans les magnifiques centres de vacances Marcel Boussac...

    Et justement, ces fameux centres d'enseignement ménager, eux-aussi mis en place par le très respecté "Monsieur" Boussac, est-ce qu’ils préparaient les filles de ces ouvrières fidèles et dévouées à une entrée fracassante dans les temples de l'enseignement supérieur ? Jean-Marie Compas qui avait la charge du Service social de l'empire Boussac devait bien savoir que non, puisqu'il rappelait (probablement en toute bonne foi) que « la tradition menait naturellement les jeunes filles vers les travaux ménagers. » Ce constat étant fait, il considérait que « les centres d'enseignement ménager répondaient à un double besoin : libérer la femme en lui donnant les connaissances nécessaires à la bonne tenue de son ménage (*) et faire en sorte que les jeunes filles soient plus évoluées et plus autonomes que leurs mamans. »

    On l’aura donc bien compris : pour ce qui était de poursuivre des études, à fortiori supérieures, il ne fallait pas y compter. Et pourtant, nous étions à la fin des années cinquante, en plein XXème siècle !...

    A suivre !...

    Christine

                                                                 

(*) Souligné par nous


 

27.01.2010

JE TE PRENDS, JE TE JETTE SELON CE QUE TU ME RAPPORTES

    En dépit des slogans officiels qui, pour feindre de combattre le fléau du chômage, font la promotion d'une main-d’oeuvre jugée idéale de par sa qualification et son autonomie, -autonomie qui ne doit cependant pas mettre en péril les prérogatives des patrons-, nous sommes bien obligés de constater à quel point la situation est bloquée pour ne pas dire verrouillée sur le plan social, non seulement pour les jeunes gens qui font actuellement leur entrée dans la vie active, mais aussi pour les générations futures. Comment ne pas se poser de questions sur l’état de la société d’un pays dit développé, mieux encore ! "civilisé", qui comptait tout de même, en 2006, plus d’un jeune actif sur six au chômage (soit un sur dix pour l’ensemble des actifs) ?

    On a beau jeu de brandir les diplômes comme autant de capitaux (culturels) alléchants à la propriété desquels chacune et chacun aurait un accès égal en échange de quelques efforts... Gardons bien à l'esprit ce qu'écrivait il y a 400 ans un certain Jacques Necker, célèbre financier mais aussi homme politique " maître à penser " de la bourgeoisie montante : « [...] dans l'inégalité de la fortune, effet de l'ordre social, l'instruction est interdite à tous les hommes nés sans propriété ; car toutes les subsistances étant entre les mains de la partie de la nation qui possède l'argent ou les terres, et personne ne donnant rien pour rien, l'homme né sans autre réserve que sa force, est obligé de la consacrer au service des propriétaires (*), dès le moment où elle se développe, et de continuer ainsi toute sa vie, depuis l'instant où le soleil se lève jusqu'à celui où cette force abattue a besoin d'être renouvelée par le sommeil. [...] »
    Pourquoi donc n'ajoute-t-il pas : "jusqu’à ce que mort s’ensuive et qu’un autre prenne sa place" ? ...  Mais parce-que cela va de soi pour nos chers propriétaires qui de toute façon, dans cette lutte (à mort) inégale, s'arrangeront toujours de façon à conserver et surtout faire fructifier leur précieux Pécule, ce nouveau dieu face auquel toute dimension humaine est inévitablement réduite à néant.
    Voilà pourquoi en dépit de l’élévation du niveau d’éducation (et du niveau de vie) de la population dans son ensemble, on observe la permanence d’un système qui s'alimente de l'opposition entre les propriétaires des moyens de production -lesquels sont aussi souvent maîtres de la Finance-, et les salariés contraints de vendre leur force de travail comme une vulgaire marchandise pour vivre (voire survivre)... même lorsqu'ils sont bardés de diplômes... Système par ailleurs quasi féodal puisqu’il arrive à ces acheteurs avides de main d'oeuvre à forte valeur ajoutée pour leur compte en banque  de se livrer, pour la dénicher avant d’autres, à une sorte de chasse à l'homme...

    Le président de l’Institut Adecco pour le domaine du travail, Wolfgang Clement, déclarait en 2007 au Journal "La Tribune" qu’  « on observe une compétition toujours plus âpre entre entreprises pour trouver les meilleures têtes. » (*) Beau programme en effet qui nécessite bien entendu des moyens appropriés pour cibler le bon gibier et l'appâter. Selon Mr Clement, il s'agit tout d'abord d'éveiller de grandes ambitions auprès d'une catégorie censée y être particulièrement sensible : la jeunesse. Il déclare alors « nous voulons rendre le travail temporaire plus attractif chez les jeunes, en montrant qu'il leur offre des chances de carrières internationales. »

    Une stratégie supplémentaire s'impose cependant, surtout dans ces périodes particulièrement tourmentées : elle consiste à jouer, avec un air rassurant, sur la corde sensible que constitue la peur du chômage : c'est pourquoi Mr Clement se doit d'affirmer avec force que « la sécurité de l'emploi augmente avec le degré de qualification », lequel est, selon lui, « un meilleur rempart pour garder son emploi, davantage qu'une protection élevée contre le licenciement, [qui] présente l'inconvénient d'exclure les sans-emploi du marché du travail. » Que voilà une âme charitable !...

    ... à laquelle toutefois il convient de ne pas se fier. Car le patronat a justement tout intérêt à ce que les salariés soient le moins possible protégés contre les licenciements, et c'est pourquoi les travailleurs précaires lui offrent bien des avantages. C'est d’ailleurs Mr Clement qui le reconnaît lui-même en assurant que « les groupes internationaux ont besoin de souplesse pour gérer leur personnel ». C'est qu'il a déjà fait son petit calcul à ce sujet, évaluant d'ores et déjà à 10% (en moyenne) la proportion du personnel qui devrait être recruté par ces multinationales sur la base de l'intérim.

    Mais alors, comment peut-il encore soutenir cet argument clef de la sécurité de l’emploi ? Le président de l'Institut Adecco pour la question du travail ne se démonte absolument pas puisqu'il continue de soutenir que « l'intérim offre aux travailleurs qualifiés une situation d'emploi durable » (combien de temps ?) ; d'ailleurs il nous explique qu'Adecco a placé chez Airbus quelques centaines de salariés et que si ces derniers « doivent partir suite au plan social, [l'entreprise de travail temporaire peut] rapidement (dans quel délai ?) leur proposer un nouvel emploi qualifié ailleurs. » Et pour nous rassurer tout à fait (ou presque), il conclut : « Et dans le laps de temps entre deux emplois, ils peuvent suivre une formation. »

     Ici, il est particulièrement intéressant de remarquer que, pour l’employeur, il est question à deux reprises de possibilité et non d'obligation, et que finalement ce que l'on veut faire passer pour une promesse, un engagement est pour le coup complètement noyé dans un flou artistique !...

    La jeunesse va-t-elle encore longtemps se laisser enfumer par toutes ces fredaines insipides ???

 

    Christine

                                                      

(*) C’est nous qui soulignons

22.12.2009

LA MACHINE A BROYER LES DESIRS ET LA LIBERTE D'EXPRESSION


    A propos des classes d’apprentissage succédant immédiatement aux études primaires, Charles Dupuy, ministre de l’Instruction publique, déclinait ainsi dans une circulaire de 1893 le rôle suprême de l'école primaire supérieure : « [...] elle ne détournera pas un instant [l'esprit de ses élèves] de la poursuite d'une profession ; elle se gardera de leur donner des goûts, des habitudes ou des idées qui les éloigneraient du genre de vie, du genre de travail auquel ils sont destinés. »

    Lazare Carnot, qui pourtant avait participé à la Révolution en siégeant à l’Assemblée législative en 1791 puis à la Convention en 1792, et qui fut par ailleurs membre du Comité de salut public en 1793, exprimait une conception étonnamment traditionaliste voire réactionnaire de l’enseignement, et tout particulièrement de l’instruction primaire destinée à une certaine catégorie de la population française. Comment effectivement ne pas comprendre très vite qui sont celles et ceux qui sont visés, dans la mesure où selon lui « il s'agit de donner à chacun les lumières appropriées à sa condition (*), de former de bons agriculteurs, de bons ouvriers, des hommes vertueux à l'aide des premiers éléments des connaissances indispensables, et des bonnes habitudes qui inspirent l'amour du travail et le respect pour les lois. » ?

    Concernant justement l’émouvante promotion de ces "bonnes habitudes qui inspirent l'amour du travail et le respect des lois" et le thème toujours récurrent, au sein de la bourgeoisie, de la nécessité vitale d’une éducation morale - entendons, pour celles et ceux qui ploient l’échine sous son joug et qui risquent à un moment ou l’autre de se rebeller contre elle- , allons donc voir ce qu’écrivait en 1809 un médecin dénommé Philippe Pinel (1745-1826) à propos des résultats tout à fait intéressants obtenus par la mise au travail de l’ensemble de la population internée : « Ce n'est plus un problème à résoudre, c'est le résultat le plus constant et le plus unanime de l'expérience, que dans tous les asyles publics, comme les prisons et les hospices, le plus sûr et peut-être l'unique garant du maintien de la santé, des bonnes moeurs et de l'ordre, est la loi d'un travail mécanique rigoureusement exécutée » car, explique-t-il, « un travail constant change [...] la chaîne vicieuse des idées, fixe les facultés de l'entendement en leur donnant de l'exercice, entretient seul l'ordre dans un établissement quelconque d'aliénés, et dispense d'une foule de règles minutieuses, et souvent vaines pour maintenir la police intérieure. »

    Il faut tout de même savoir que le docteur Philippe Pinel, engagé sur la voie du "traitement moral" (eh oui !) de la folie, est considéré comme le fondateur de la psychiatrie moderne !... On peut se demander si ces "brillants" résultats n'ont pas inspiré des organisations de travail en milieu dit "ordinaire", car cette expérience de mise au travail - assimilable tout de même à des travaux forcés – qui était menée en milieu psychiatrique semblait démontrer qu'il était possible d'augmenter notablement (et gratuitement) ... la productivité du travail. C’est Philippe Pinel lui-même qui nous rapporte qu'  « une de ces jeunes filles, que je présumois incurable, fut heureusement isolée des autres compagnes, et on la menaça de la faire conduire au dépôt de Saint-Denis si elle refusoit plus long-temps de travailler : cette crainte lui fut très-favorable ; elle se livra au tricot ou à la couture pendant cinq mois avec une activité singulière, et elle se trouva dès-lors guérie. » !!! (*) 
   

    Il semblerait qu'Alfred Binet, célèbre psychologue dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, ait fort bien retenu la leçon de l'expérience du grand docteur Pinel : « Si avec tant de gens de bonne volonté nous nous sommes intéressés [aux anormaux], écrit-il, [...] c'est surtout parce que nous avons le ferme espoir que l'étude des anormaux servira aux normaux, de même que nous voyons dans un autre domaine l'étude de l'aliéné servir à la psychologie de l'individu normal. »

    Rappelons à cet égard que le sieur Binet attachait une grande importance au "redressage" moral des enfants de familles... pauvres, et avait pour ce faire activement participé à la mise en place d'exercices d’orthopédie mentale, laquelle, à l'image de l'orthopédie physique redressant une épine dorsale déviée,   « redresse, cultive, fortifie l'attention, la mémoire, la perception, le jugement, la volonté. En d'autres termes, grâce à l’orthopédie mentale, « on ne cherche pas à apprendre aux enfants une notion, un souvenir, on met leurs facultés mentales en forme. »

    Le médecin et philosophe Georges Cabanis (1757-1808), qui fut d'ailleurs un grand bénéficiaire de la réaction thermidorienne, avait déjà en son temps affirmé que « celui dont le temps et les forces sont consacrés à des occupations régulières, n'a plus assez d'activité pour tourner son imagination et ses désirs vers des objets dont la poursuite trouble l'ordre public [...] ». Sous-entendu, incite à la rébellion ?...

    Voilà qui a le mérite d’être clair mais qui reste encore de nos jours (et plus que jamais) à méditer...


    Christine

                                               

(*) souligné par nous 

 

08.11.2009

L'EDUCATION BOURGEOISE ET LE CONDITIONNEMENT DES MASSES

    Comme il s'agissait quand même de faire feu de tout bois, autrement dit de profiter de tout ce qui pouvait servir de main-d’oeuvre, -car il est bien question ici de force de travail-marchandise et non d'êtres humains, le dénommé Binet s'empressait de déclarer que « quant à nos garçons anormaux, il faut les voir à l'établi », pour l'excellente raison que...  « de presque tous ses élèves anormaux le professeur a pu écrire : fera un bon ouvrier. »

    C'est ainsi que les conseils des instituteurs seraient suivis à condition qu'ils soient bien entendu particulièrement arrangeants pour les intérêts de la bourgeoisie. D'ailleurs, pour que ces derniers, -persuadés du bien fondé de leur dévouement à la République (bourgeoise...)-,  ne dévient pas du bon chemin, on les fit participer aux grandes manoeuvres afin qu'ils aillent porter la bonne parole aux enfants dont ils avaient la charge et ce, avec d'autant plus d'enthousiasme qu'ils partageaient pour la plupart la même origine sociale, en l'occurence paysanne.

     On peut dire à cet égard que les instituteurs furent lors de l'Exposition Universelle de 1867 particulièrement gâtés : eux qui avaient jusque là fait l'objet d'un profond mépris furent invités... à la Sorbonne, où ils purent bénéficier de conférences sur des questions scolaires, mais aussi (on s'en doute) économiques : on leur expliqua le fonctionnement de machines à trier le grain, de machines à moissonner et à battre, de herses et de concasseurs. Jouant probablement sur la forte impression occasionnée par ce grand déballage, on leur demanda de promouvoir auprès des paysans l'idée de s'associer afin de pouvoir acquérir ces nouvelles machines qu'ils ne seraient individuellement jamais en mesure, en raison de leur coût élevé, d'acheter. Cet ainsi que nos braves instituteurs devinrent des courroies de transmission entre l'industrie et l'agriculture et, pour ainsi dire de véritables VRP...

    Ce cher Alfred Binet qui n'hésitait aucunement à écrire que « tout retard d'intelligence égal à deux ans constitue une présomption extrêmement grave d'arriération» n'était certes pas le seul à prêcher pour que les enfants du peuple soit-disant "arriérés" prennent le chemin de l'établi. Et de fait, l'enjeu devait être extrêmement important, puisqu'un certain Destutt de Tracy y mettait lui aussi son grain de sel, partant tout simplement du principe que « les hommes de la classe ouvrière [qui sont destinés à tirer leur subsistance du travail de leur bras] ont bientôt besoin du travail de leurs enfants ; et les enfants eux-mêmes ont besoin de prendre de bonne heure la connaissance, et surtout l'habitude et les moeurs du travail pénible auquel ils se destinent.» Voilà pourquoi, et c'est évident, «  ils ne peuvent donc pas languir longtemps dans les écoles »...

     On n'allait pas s'arrêter en si bon chemin et s'en tenir là, car pour que les écoliers ouvrier et paysan sachent de très bonne heure à quoi s'en tenir concernant leur "état mental" et la triste destinée qui n'en était (évidemment) que la conséquence logique, on allait se servir... de la grammaire. Eh oui ! Cet enseignement apparemment tout à fait anodin prend à travers l'analyse qu'en faisait André Chervel en 1981 un sens tout particulier. En effet, il s'avère que cet enseignement a, en fait, une fonction socioculturelle « éminemment répressive, (*) non seulement au niveau de la langue, mais au niveau des consciences, des désirs, des pulsions à l'expression libre et à la communication directe. » De façon particulièrement éclairante, A. Chervel tire cette conclusion qu'en tant qu'  « école sévère de discipline, d'obéissance, apprentissage du respect des dogmes et du sens de la hiérarchie, la grammaire scolaire est à l'image de cette école primaire que la bourgeoisie française offre enfin à son peuple. »

     Effectivement, l'enjeu était et continuerait d'être de taille si l'on considère les remous provoqués en 1971 par un projet de réforme de l'enseignement de la langue française. Jacqueline Chobaux et Monique Segre nous rapportent qu'un certain M. Picard, particulièrement effrayé par le projet de rénovation, avait écrit dans la "Revue des Deux Mondes" que « la réforme en cours n'a donc pas le caractère de démolition gratuite qui pouvait étonner : il s'agit de détruire la langue bourgeoise, la littérature bourgeoise, la culture bourgeoise, la civilisation bourgeoise et aussi la société bourgeoise. »  Difficile d'être plus clair...    Il faut dire que l'onde de choc avait par ailleurs atteint le prestigieux Sénat, puisque lors de la discussion du projet, un sénateur contestant la valeur de la réforme, s'était écrié que « l'acquisition à l'école primaire des connaissances, dans un ensemble de règles grammaticales ou autres, prépare l'enfant au respect futur des institutions et des règles de vie en société. »     

     Qui donc aurait pu croire que cette barbante mais inoffensive grammaire française participait directement à une sorte de conditionnement mental des enfants, entraînant selon Alfred Binet (encore lui !), une « modification de conduite [...] », salutaire ! pourrait-on l'entendre ajouter...

     Pourquoi donc ? Parce-que cette modification de conduite est  justement caractérisée par le refoulement de désirs et de la libre expression...

       ABSOLUMENT CONTRAIRES A L'ORDRE BOURGEOIS     

     A suivre...                                            

   Christine    

 

                                   

(*) C'est nous qui soulignons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23.09.2009

L'EXPLOITATION ET LES MOYENS DE SA JUSTIFICATION

   Ainsi donc, de la soumission de la classe ouvrière (à la propriété bourgeoise) dépendrait la prospérité publique !... Il faut dire que ce sont surtout les économistes à la solde de la bourgeoisie qui veulent à tout prix  nous le faire croire. Car, comment une société - qui, on ne le rappellera jamais assez, est censée être une association organisée d’individus en vue de l’intérêt général - peut-elle retirer un bénéfice quelconque et se satisfaire de l'assujettissement physique et mental de la majorité de ses membres à une minorité d’exploiteurs ?

    Force est tout de même de constater que la prospérité publique constitue, tout comme la promotion/défense d’une certaine civilisation, l’une des nombreuses images brandies par les institutions bourgeoises "laïques" pour tromper le peuple. En cela, elles peuvent dire un grand merci à la religion dont elles surent récupérer (comme toujours !) les "bonnes idées", en les agrémentant de hautes considérations philosophiques, afin que l'enfumage soit parfaitement réussi... Ce fut l'option choisie par un certain Sabatier qui considérait dans le journal "Le Temps" du 2 août 1898, que « pour bien faire son devoir au poste qui lui est assigné, le plus humble a besoin de savoir qu'en le faisant il est en concordance avec l'ordre universel et y collabore. »

    Comme c'est touchant...

    En fait, une dizaine d'années plus tard, les choses devaient prendre un tour bien plus dramatique, la haine dictée par un intérêt bien senti allant se porter bien au delà des frontières... Ne sommes-nous donc pas en droit de nous demander si le carnage que constitua la première Guerre mondiale n'était pas de longtemps "programmé", dans la mesure où le conflit décima en majorité les classes populaires (notamment rurales) et où, à travers le sacrifice d'une génération, il nous priva d'une quantité inestimable de ressources de progrès portées par l'humanité.

    Cet intérêt que certains idéologues se font un point d'honneur de servir, au prix de millions de morts, c'est celui notamment de ceux que l'on qualifie de grands génies, de ces êtres supérieurs devant lesquels la masse se doit de poser le genou et courber l'échine. Un certain Ernest Renan fut à son époque de ceux qui à l'égard d'une "sélection naturelle des espèces" se montraient particulièrement décomplexés... N'osait-il pas soutenir dans ses "Dialogues philosophiques" de 1871 (était-ce un hasard ?) que « [...] le but poursuivi par le monde, loin d'être l'aplanissement des sommités, doit être au contraire de créer des dieux, des êtres supérieurs, que le reste des êtres conscients adorera et servira, heureux de les servir. » Et encore que « l'essentiel est moins de produire des masses éclairées que de produire de grands génies et un public capable de les comprendre. Si l'ignorance des masses est une condition nécessaire pour cela, tant pis. La nature ne s'arrête pas devant de tels soucis ; elle sacrifie des espèces entières pour que d'autres trouvent les conditions essentielles de leur vie.[...]» (*)

   Celui-ci formulait alors la nécessité de « former par les universités une tête de société rationaliste, régnant par la science, fière de cette science et peu disposée à laisser périr son privilège au profit d'une foule ignorante (...). » Il fallait dès lors déceler de manière précoce les "intelligents", ceux qui seraient appelés à devenir les nouveaux seigneurs... Un nouveau procédé fut donc inventé pour évaluer l'intelligence des enfants et des adolescents, le fameux QI (quotient intellectuel), particulièrement arbitraire puisque consistant dans le rapport entre l'âge mental (mesuré par des tests) et l'âge réel... multiplié par 100. Il s’agissait donc bien de promouvoir une idéologie de la connaissance qui, selon Michel Tort, est une « [...] représentation bourgeoise du savoir et des aptitudes comme une propriété privée de l'individu, [une] existence en soi d'aptitudes intellectuelles décelables et mesurables en dehors de et avant toute mise en oeuvre pratique ;[...] »  (*)

    "Aptitudes intellectuelles décelables et mesurables en dehors de et avant toute mise en oeuvre pratique"... Le but visé était donc bel et bien de mettre les enfants issus du monde ouvrier et paysan définitivement au rancart de la société pour ce qui concerne notamment la possibilité de prise de décision, ce privilège étant bien entendu réservé à l'élite... Car, quelles étaient en définitive les conséquences de ces savantes manipulations ? Guy Avanzini nous apprend qu’  « un pourcentage important d'enfants n'arrivaient pas tout simplement, dans les délais fixés, à enregistrer et à assimiler les connaissances minimes nécessaires au citoyen de la République et au travailleur industriel. »

   La bourgeoisie se retrouvait cependant face à un dilemme :  par suite de cette draconnienne sélection, les lacunes étaient bien trop répandues pour être mises sur le seul compte de la paresse ou d’un défaut d’attention -critères jugés peu scientifiques dans une société se proclamant résolument positiviste. Il fut donc décrété que ces enfants étaient nécessairement atteints... de débilité mentale.

   Un psychologue du nom d’Alfred Binet -inventeur de la méthode des tests de niveau intellectuel-, s'occupa tout particulièrement de leur cas : en mesurant leur degré d’instruction, il pouvait repérer « les enfants anormaux qui existent dans les écoles primaires, et y sont confondus avec des normaux [...] ». Dans quel but ? Afin « de recruter ces anormaux pour les classes spéciales. » Par sentiment de charité, soit-disant, mais aussi (et surtout !) « par un sentiment de défense sociale, pour chercher à diminuer le nombre de ceux qui plus tard seront des inutiles et pourront devenir des nuisibles [...].»

L'école, l'hôpital psychiatrique, la prison... et tout le reste,

A quoi tout cela sert-il donc ... et contre qui ?

Christine

                                           

(*) C'est nous qui soulignons

03.09.2009

LE ROLE VERITABLE DE L'ECOLE EN SYSTEME CAPITALISTE

    La bourgeoisie va rapidement comprendre qu'il est nécessaire voire vital de donner au "petit peuple" une certaine instruction -pas n'importe laquelle, évidemment- qui de génération en génération puisse le maintenir en tant que force productive créatrice de richesse dans le même état de soumission.

    Pour que les enfants issus de la classe ouvrière et de la paysannerie soient plus tard en mesure de suivre bien sagement « les instructions [qui] spécifient ce qui doit être fait, mais aussi comment il faut le faire et le temps alloué pour le faire »-, on va s'efforcer de promouvoir un enseignement  primaire adéquat, suffisamment efficace pour qu'ils intègrent le plus tôt possible leur devoir de dévouement à l'égard de la société... bourgeoise. Jusqu'à ce que, bien entendu, mort s'ensuive dans les ateliers, sur les chantiers ou encore sur les champs de bataille !  

   On peut dire que cette grande cause, pour ne pas dire cette croisade, fit déployer beaucoup d'énergie à de nombreux "pédagogues".. Un certain baron Degérando rappelait vers 1830 qu' « [un danger] contre lequel [l'instituteur] ne peut assez prémunir ses élèves, destinés en général à une vie simple, obscure et modeste, c'est celui auquel ils seraient exposés, si leur imagination s'égarait au dehors du cercle qui compose leur destinée, si elle allait se repaître de choses auxquelles ils ne pourront jamais atteindre [...]. » Surtout, écrivait-il, « ne perdons jamais de vue que tous les soins de l'éducation doivent tendre à ce que l'élève s'accommode à la condition qui lui est échue ; y trouve le contentement et en remplisse les devoirs. » (*)

    Plusieurs années après le baron Degérando, l'ingénieur et économiste Frédéric Le Play y reviendra en allant bien plus loin, c'est-à-dire en des termes qui ne sont pas sans rappeler ceux d'un Martin Luther comparant le peuple allemand à des bêtes sauvages... Celui-là qui joua un rôle influent non pas dans le protestantisme mais dans le catholicisme dit "social" considérait ainsi, tout à fait froidement, qu'« une jeunesse nombreuse, dressée à l'obéissance et au travail, suffit amplement à l'extension des ateliers, au recrutement des armées et à la multiplication de la race dans de florissantes colonies, conquises sur les régions incultes de la planète. » Il faut rappeler que nous étions alors en 1893. L’Algérie était depuis 1830 la proie des pilleurs bourgeois qui avaient effectivement grand besoin d'une main-d'oeuvre bon marché pour exécuter à leur place leurs basses besognes...

    C'est ainsi qu'un pas de plus serait franchi dans l'ignominie : multiplier la race -blanche, de préférence- afin de pouvoir conquérir des régions dites incultes pour mieux en piller les richesses devait désormais constituer une motivation de première importance que l'on veillerait à recouvrir du manteau  bien plus propre qui sied à une grande cause... Et il sera, en effet, question de servir LA grande cause : le combat sans pitié de la Civilisation contre la Barbarie. Lorsque l’on sait qu’il s’agit en fait du combat de la civilisation bourgeoise contre les peuples, on comprend davantage encore l’enjeu constitué par l’éducation des masses.

   Restait à trouver, pour éduquer ces chers enfants,  un nombre suffisant d'engagés volontaires prêts à se sacrifier pour LA grande cause. Nul doute que "Le Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire" publié en 1883 sous la direction de Ferdinand Buisson fut un bon instrument de propagande auprès des candidats potentiels, puisqu'il définissait la fonction éducatrice de l’instituteur comme restant « l'une des plus hautes qui puissent tenter l'ambition d'un homme. » Le prestigieux Dictionnaire ne tarderait cependant pas à nous éclairer sur ce que représente réellement la barbarie pour les gens "biens" et "civilisés", bref, ceux que l'on appelle les "honnêtes gens". Car cette ambition de l'instituteur/combattant, vers quoi donc devait-elle être tournée ? Le Dictionnaire répond que « si en effet l'on considère [que l'instituteur] a surtout affaire au peuple, aux classes rurales et ouvrières, on verra qu'il doit à la fois civiliser et moraliser. [...] »

    Pour ce qui est des motivations réelles qui ont notamment permis la gratuité de l'enseignement primaire, il suffira d'évoquer pour dissiper tout malentendu un certain Jean-Baptiste Say, éminent économiste français, qui fut par ailleurs - et ce n'est pas rien - l'un des maîtres de la doctrine libre-échangiste. En 1803, celui-ci écrit qu' « un ouvrier stupide ne comprendra jamais comment le respect de la propriété est favorable à la prospérité publique, ni pourquoi lui-même est plus intéressé à cette prospérité que l'homme riche ; il regardera tous les grands biens comme une usurpation. » La sauvegarde de la propriété bourgeoise valait bien ce petit sacrifice...

    Enfin, l'on peut dire que pour ce qui est de civiliser sur une grande échelle, Jules Ferry - comme par hasard promoteur de la gratuité de l'enseignement primaire, mais aussi très impliqué dans la question des colonies -, n'y alla pas avec le dos de la cuillère un certain 28 juillet 1885 lors des débats parlementaires à la Chambre : « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu'en effet, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures [...]. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... »

    A cet égard, il serait particulièrement dommage de ne pas rappeler que dans "Le Tour de France par deux enfants", ouvrage édité en 1877 et qui fut donné à lire à plusieurs millions d’écoliers français, on rappelait en passant à ces "chers petits" l’existence de quatre race d’hommes, tout en distinguant « la race blanche, la plus parfaite des races humaines, [qui] habite surtout l'Europe, l'ouest de l'Asie, le nord de l'Afrique et l'Amérique. » (*)

    Bien que son travail soit reconnu indispensable à la prospérité d'un pays dit civilisé, l'ouvrier dudit pays n'est de son côté guère mieux traité que ne le sont les "races inférieures"... En tant que membre de la "classe inférieure", à l’occasion affublé du doux nom de "barbare", il est destiné à être lui aussi civilisé... Comment faire pour que l'ouvrier soit donc civilisé, en d'autres termes (bourgeois), qu'il respecte la propriété privée et accepte son assujettissement à elle dans la mesure où elle contribue (soi-disant) directement à la prospérité publique ? C'est encore Jean-Baptiste Say qui apporte la réponse : « [...] par des écoles où l'on enseigne gratuitement à lire, à écrire et à compter. » Car « [c]es connaissances sont le fondement de toutes les autres et suffisent pour civiliser le manouvrier le plus simple. »

    Est-il donc étonnant que, dès 1861, l'on retrouve des manufacturiers comme Dollfus Mieg, Peugeot, Japy parmi les promoteurs de l'obligation et de la gratuité scolaires ?

     Pour ce qui le concerne, le très honorable Jules Ferry ne fut pas en reste : il épousa une petite fille du grand industriel protestant Kestner...

    

    A bientôt,

 

     Christine

                                    

(*) C'est nous qui soulignons


23.07.2009

VERS L'ALIENATION DEFINITIVE DU TRAVAILLEUR

    Il n’est plus possible d’en douter : notre destinée est, dans le cadre de l’économie politique bourgeoise, bien tracée. Il faut d’ailleurs dire que ses chantres se sont de longtemps appliqués à nous persuader que les inégalités sociales dérivaient d’un ordre naturel ayant pour postulat une diversité des compétences. Sous-entendu, -et c’est là toute la subtilité- une inégalité des aptitudes ou des talents ...

    Rappelons pour l’heure ce que les faits historiques (et non des allégations invérifiables et plus ou moins fantaisistes) nous enseignent : l’appropriation des moyens de production par la bourgeoisie et l’accumulation du capital qui s’ensuivit permirent à l’industrie de prendre un essor fulgurant tout en provoquant, de façon massive, la dé-qualification et la prolétarisation d’artisans et de paysans dont le statut de travailleur indépendant, maître de son travail tant dans sa conception que dans son exécution et bénéficiant, à ce titre, de l’intégralité du produit de celui-ci, fut réduit à celui de prolétaire désormais condamné pour survivre à vendre sa seule force de travail ...

    Le célèbre Taylor ne fut pas seulement, dans le cadre d’une organisation scientifique du travail, le promoteur du travail à la chaîne dont l’inhumanité fut magistralement représentée par Charlie Chaplin dans "Les Temps Modernes". Il s’avère qu’il a aussi énoncé les trois principes fondamentaux qui devaient maintenir inexorablement le travailleur indépendant et surtout hautement qualifié dans le prolétariat, c’est-à-dire à le condamner à une aliénation définitive, dont des générations entières paieraient le prix fort... Comment donc ne pas être bouleversé(e) à l’idée de ce qu’il aurait pu advenir de la société si les choses avaient pris un cours tout à fait différent ?... Voici donc ce qu’au XIXème siècle l’ingénieur et économiste américain Frederick Winslow Taylor avait savamment concocté et qui fut sans nul doute appliqué avec enthousiasme par la bourgeoisie industrielle...

    Son premier principe consistait à recueillir auprès des travailleurs eux-mêmes -à présent entièrement soumis à la domination du capital-, les éléments de leur(s) savoir-faire(s). Ainsi, en premier lieu, « la direction se charge de réunir tous les éléments de la connaissance traditionnelle qui, dans le passé, était en la possession des ouvriers, de classer ces informations, d'en faire la synthèse, et de tirer de ces connaissances des règles, des lois et des formules. » Retenons bien cette phrase : "... réunir tous les éléments de la connaissance traditionnelle qui, dans le passé, était en la possession des ouvriers..." Voilà ce que la bourgeoisie avait tout intérêt à ne pas divulguer à n’importe qui car elle reconnaissait par là n’avoir jamais rien créé par elle-même ; qu’au contraire, elle avait sciemment profité d’un rapport de forces inégal pour s’approprier des connaissances (et des talents !) qu’elle ne possédait absolument pas et que sans doute elle ne possèderait jamais.

    Mais, ce n’est pas tout. En second lieu, il s'agissait de confier les précieuses informations à un service chargé de les centraliser, service bien évidemment séparé de l'atelier et par conséquent de ceux dont elles émanaient et qui n’auraient de ce fait plus aucun droit ni prérogative sur elles. Taylor est à cet égard particulièrement clair lorsqu'il déclare que « tout travail intellectuel doit être enlevé à l'atelier (*) pour être concentré dans les bureaux de planification et d'organisation. » N’est-il donc pas frappant de retrouver, deux siècles plus tard, les mêmes concepts d’organisation du travail dans les pays dits développés ?...

    Pour finir, ayant ôté à l'ouvrier les moyens intellectuels de saisir le sens de son travail, il fallait lui imposer des règles déterminées destinées à définir le cadre bien délimité dans lequel il se devait d'orienter et de maintenir ses efforts. Ce faisant, on contribuait bien évidemment à lui faire perdre toute notion de travail collectif, ses tâches propres étant isolées de celles des autres ouvriers. Taylor insiste donc, dans son troisième principe, sur le fait que « le travail de chaque ouvrier est prévu dans son entier par la direction au moins un jour à l'avance, et chaque ouvrier reçoit, dans la plupart des cas, des instructions écrites complètes, décrivant dans le détail la tâche qu'il doit accomplir et lui indiquant les moyens qu'il doit employer pour exécuter son travail... ». C'est ainsi que « les instructions spécifient ce qui doit être fait, mais aussi comment il faut le faire et le temps alloué pour le faire. » (*)

    Il n’est donc pas étonnant que, s’étant approprié leur savoir-faire pour les réduire à une simple force de travail source de profits substantiels, la bourgeoisie se soit acharnée à faire oublier à ces ouvriers et à ces paysans qu’ils étaient, l’un comme l’autre, chacun dans son domaine, des travailleurs hautement qualifiés. Mais cela ne suffisait pas : il fallait que leur progéniture n’en eut elle-même jamais connaissance, voire conscience.

    C'est en l'occurence ce vers quoi devra tendre l'éducation du "petit peuple"...

    Christine

                                     

   

  

     (*) souligné par nous

  

27.06.2009

RELIGION ET RAISON D'ETAT

     Pour qu'il soit enfin impossible aux chicaneurs potentiels de remettre en cause un ordre des choses arbitraire et injuste, il restait à placer les affaires de l'Etat sous l’autorité suprême d'une puissance divine aux prérogatives infaillibles...

    Voilà sans doute pourquoi Sa majesté Louis XIV tenait à rappeler à ses bons et loyaux sujets, afin qu’ils en soient (pour leur bien !) persuadés au plus profond de leur pauvre petite cervelle, « que [leur tranquillité] ne se trouve qu'en l'obéissance », car «  il y a toujours moins de mal pour le public à supporter qu'à contrôler même le mauvais gouvernement des rois dont Dieu seul est le juge, et ce qu'ils semblent faire contre la loi commune est fondé le plus souvent sur la raison d'Etat [...] ». (*)

    Après que Dieu-le-Père-Tout-Puissant ait donné par dessus le marché sa bénédiction à un tel verdict, il ne restait plus aux braves sujets qu'à avaler leur langue et avec elle, tout ce qui pouvait constituer une parole de vérité, pour le plus grand profit de cette redoutable raison d'Etat, servante toute dévouée à la protection des plus forts et des plus riches.

    Portons-nous à présent plus loin et dans un autre temps, c'est-à-dire en Allemagne, en l'an de grâce 1525, au moment de la grande révolte des paysans. Il est frappant de constater qu’à l’époque un certain Martin Luther, lui aussi très "porté par la foi" -de la Réforme celle-là -, exprimait déjà un même type de conception dans son "Exhortation à la paix". Face à l'extension de la révolte à d'autres milieux que la paysannerie, mais aussi parce qu'il avait bien compris son intérêt à se placer du côté des puissants, il s’était alors adressé de sa plume menaçante "aux pauvres hommes du commun", en les prévenant d'ores et déjà que « celui qui se servira du glaive périra par le glaive », tout en leur rappelant que « même si les princes sont méchants et injustes, rien n'autorise à se révolter contre eux. » ...

    Il n'en était pas à son premier coup d'essai puisqu'en 1524 déjà, il écrivait qu’il fallait contraindre Monsieur Tout le Monde à "la pitié extérieure"  « par la Loi et le Glaive [...] comme on tient les bêtes fauves par les chaînes et la cage ».  Il ira cependant bien plus loin encore lorsqu'il écrira qu' « un homme qu'on peut convaincre du crime de rébellion est au ban de Dieu et de l'Empereur ; et tout chrétien peut et doit l'égorger et fera bien de le faire !... ».

        Touché par la Grâce divine...    

C'est bien pourquoi, devant l’obstination d’un peuple en fureur qui - ayant atteint les dernières limites de ce que pouvait être déjà une existence misérable - restait sourd à ses fredaines moralisatrices, il n’hésita pas en mai 1525 à supplier ses chers seigneurs, auxquels il avait semble-t-il voué son âme, à employer à l’égard de ces impies les grands moyens : « [...]chers Seigneurs, déchaînez-vous, sauvez-nous, aidez-nous, ayez pitié de nous, exterminez, égorgez et que celui qui en a le pouvoir agisse ! » (*)

    La révolte des paysans -révolte contre la misère et l’oppression-, devait effectivement se solder par un véritable carnage. Et c’est encore Luther qui, en bon chrétien, avait assuré le 30 mai 1525 que « ... mieux vaut la mort de tous les paysans que celle des princes et des magistrats. »  

    Le mépris et la haine n’ont décidément aucune limite, que ce soit dans le temps ou dans l’espace, dès lors qu’il s’agit pour certains de servir et de défendre des intérêts dont ils savent pouvoir tirer un grand avantage, même si cela doit avoir pour prix le sacrifice de milliers voire de millions d’êtres humains.

    Pour la plus grande jouissance d’un Dieu soi-disant juste et bon ?


    A méditer...


    Christine

                                                              

 (*) C'est nous qui soulignons

 











 

07.06.2009

L'APPRENTISSAGE DE LA SOUMISSION

     Si, en 1789 la bourgeoisie française a eu l'insigne privilège de renverser l'Ancien régime, -avec, il faut le rappeler, le concours non négligeable des masses populaires-, elle a su en conserver les principaux fondements, en d'autres termes, ce qui devait lui servir à asseoir sa propre domination sur le travail d'autrui pour en tirer le plus grand profit possible.

    Mais faisons donc un petit retour en arrière... Le célèbrissime cardinal de Richelieu avait à son époque fort bien évalué les risques encourus par une société fondée sur des inégalités sociales criantes et par conséquent assise sur une véritable poudrière... Il en avait déduit qu'il y avait un type d'éducation à ne pas mettre dans toutes les têtes... Ainsi, tout en admettant que « la connaissance des lettres est tout à fait nécessaire à une république », il précisait aussitôt « [que les lettres] ne doivent pas être indifféremment enseignées à tout le monde », car « ainsi qu'un corps qui auroit des yeux en toutes ses parties seroit monstrueux, de même un Etat le seroit-il si tous les sujets étoient savants ». Mais surtout, et c'est ce que l'on retiendra, « on y verroit aussi peu d'obéissance que l'orgueil et la présomption y seroient ordinaires [...]. » !

    Or, dans toute société de classes qui se respecte, il y a d'un côté une minorité qui, bénéficiant de la fortune et d'un certain savoir, se trouve légitimée dans son pouvoir de décision ; de l'autre côté se trouve la majorité qui, ne possèdant rien d'autre que la force de ses bras, est condamnée à travailler sous la domination de la première. Il se trouve que Richelieu savait parfaitement qui des deux se trouvait en réalité à la source de la création des richesses ; il savait aussi qu 'un peuple désormais éclairé sur sa condition refuserait d'être taillable et corvéable à merci. Circonstance particulièrement fâcheuse pour un pouvoir qui repose essentiellement sur la docilité de ses manouvriers, de ses paysans, de ses soldats... Voilà pourquoi il brossait un tableau si sombre d'un commerce des lettres qui « banniroit absolument celui de la marchandise, qui comble les Etats de richesses ; il ruineroit l'agriculture, vraie mère nourrice des peuples ».

    Mais il y a bien pire... D'un peuple trop savant émergeraient bientôt des objecteurs de conscience qui, refusant d’accomplir les basses besognes d'une soldatesque essentiellement vouée à la conquête et au pillage de nouvelles contrées, feraient « [déserter] en peu de temps la pépinière des soldats qui s'élèvent plutôt dans la rudesse de l'ignorance que dans la politesse des sciences. » Pour finir, ce beau royaume de France serait  infesté « de chicaneurs plus propres à ruiner les familles  et troubler le repos public qu'à procurer aucun bien aux Etats. » !! 

   Les "grands" ne vont tout de même pas tarder à se rendre compte que la sauvegarde de l'Etat dépend justement d’une bonne éducation du peuple. Pas n’importe laquelle cependant. Quelque temps plus tard, en 1681, le pouvoir royal motiverait ainsi l’institution d’un Bureau des Ecoles à Lyon : « [L]a grandeur des Etats, la paix des peuples, leur soumission, obéissance, bénédiction et prospérité temporelle dépendent principalement de la bonne éducation et instruction, qui est donné dans le bas âge : et elle est d'autant plus nécessaire au petit peuple que c'est à lui de faire fleurir les arts par l'assiduité et fidélité dans le travail, le commerce, et les fonctions domestiques où ils sont employés. » (*)

    Soumission, obéissance, assiduité, fidélité... Tout un programme qui résume bien vers quels  buts essentiels l'éducation du petit peuple devra nécessairement tendre, puisque c'est bien lui en effet (mais il ne doit en aucun cas le savoir) qui fait "fleurir les arts" et qui, en conséquence, sait pertinemment ce que donner de sa personne veut dire. En 1971, Claude Grignon rappelait dans son ouvrage "L'ordre des choses" qu’  « astreints de bonne heure à produire du vrai travail avec de vrais outils, exposés aux sanctions immédiates et brutales que cela implique, les enfants d'ouvrier ou de paysan apprennent avant même d'aller à l'école à ne pas "se payer de mots", puisque les mots "ne payent pas" dans un milieu où chacun doit payer comptant et de sa personne. »

    A ce propos, des statistiques montraient en 1970 comment l'institution scolaire, pour avoir sciemment pris le parti de dénier toute valeur à la pratique (et pour cause...),  était arrivée à une impasse. Christian Baudelot, Roger Establet et Jacques Malemort  remarquaient, dans "La petite bourgeoisie en France", qu'à cette époque, 91,2 % des agriculteurs n'avait pour tout bagage de formation que la scolarité primaire obligatoire sanctionnée ou non par le certificat d'études primaires. Niveau d'étude attribué d'une manière tout à fait arbitraire donc, ce qui aurait par ailleurs l'avantage de décomplexer s'il en était besoin les industriels à la recherche d'une main d'oeuvre "bon marché" parce que tout simplement déqualifiée...

    D'où la gravité de la situation dans la mesure où, selon les auteurs, « on conclut souvent [de son niveau d'études scolaires] que l'agriculteur exploitant, parce-qu'il est peu instruit, est aussi un travailleur peu qualifié. Or, il suffit de considérer la diversité et la complexité des tâches accomplies par l'agriculteur, les compétences diverses que requiert le travail qu'il exerce dans l'élevage ou dans la viticulture, pour s'apercevoir du même coup qu'un agriculteur exploitant est un travailleur hautement qualifié. »

    Ceci n’est cependant qu’un aspect des résultats obtenus par les innombrables efforts déployés en France, depuis un certain nombre de siècles, pour que l’origine et la valeur du vrai travail sombrent à tout jamais dans l’oubli jusqu’à les faire disparaître de la mémoire même du petit peuple, son maître d’oeuvre direct : il fallait bien que les fruits de son savoir faire, accumulé par des générations entières, tombent encore et toujours dans l’escarcelle d’une minorité oisive érigée en élite.

     Osera-t-on encore prétendre que l'existence de riches et de pauvres est une fatalité ?

     Christine

                                                    

(*) souligné par nous

28.05.2009

L'ART DE MONNAYER L'EDUCATION


    Retrouvons monsieur Jacques Delors là où nous l'avons quitté ...

    Le cerveau foisonnant d'idées à propos d'une égalité des chances qui n'existe pas mais qu'il s'efforce à tout prix de faire apparaître comme on sort un lapin d'un chapeau, maître Delors en profite par ailleurs pour préconiser en futur ministre de l'Economie et des Finances qu'il est à cette époque (nous sommes en 1975), « un système qui accorderait à chaque Français un crédit minimal en temps et en argent, que chacun utiliserait au mieux, soit pour prolonger la durée de sa formation première, soit pour accroître ses possibilités de formation permanente ». Il serait facile de lui rétorquer que cette formule magique ne réduirait absolument pas les inégalités de départ. Pire, celles-ci s'en trouveraient renforcées puisque ceux qui dès le début bénéficient déjà de certains moyens financiers auraient à l'arrivée, grâce à cette possibilité, plus de moyens encore que les autres. En outre, il est bien précisé qu'elle concernerait " chaque Français"...  Cela exclurait-il d'emblée ceux qui ne le sont pas ?

    Stupéfiant non, dans la bouche d'un homme de gauche... A moins que ce ne soit qu'une simple maladresse...

    Ce n'est pas tout. Jacques Delors -qui décidément porte un nom prédestiné-, semble avoir bien réfléchi à la manière dont la solution miracle pourrait en quelque sorte faire "des petits"... Ainsi, suggère-t-il « pourquoi ne pas mettre au point pour le surplus, un système de prêts qui permettrait à ceux qui ont la volonté et la capacité de poursuivre de très longues études, de le faire, mais en remboursant une partie du coût à la collectivité ? » Derrière un semblant de charité, on remarquera chez celui-ci le même ton péremptoire mais aussi et surtout le même aplomb lorsqu’il ose affirmer à son interlocuteur que « seul un système financier est en harmonie avec les mesures tendant à accroître l'efficacité de l'école dans la lutte contre l'inégalité des chances. »

    Finalement, n’est-ce pas logique dans une société où tout est systématiquement réduit à une valeur d'échange y compris l’être humain ? Du reste, il serait tout de même dommage de ne pas demander à quelqu’un qui se réclame haut et fort du socialisme en vertu de quel(s) critère(s) ces prêts seraient consentis ou non dans la mesure où, on ne le rappellera jamais assez, les banques ont toute latitude dans le choix des projets qu’on leur demande de financer étant bien entendu que c'est leur propre intérêt qu’elles servent en priorité.

    Il ne faut cependant par croire que ce type de monstruosité que constitue le sacrifice d'une grande partie de la jeunesse pour la sauvegarde du pouvoir de quelques-uns soit l'apanage de la bourgeoisie : nous aurons d'ailleurs l'occasion d'y revenir. En réalité, celle-ci s'est contentée d'en raffiner les procédés, procédés redoutables qu'elle a su promouvoir bien au delà des frontières nationales.

    Pour l'heure, il nous suffit de constater à quel point  la jeunesse lycéenne et étudiante de Grèce, d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne, de France, etc... sont devenues, avec la jeunesse travailleuse et le prolétariat dans son ensemble, ses principales cibles. Le temps est donc venu de nous poser les bonnes questions. A savoir, entre autres problématiques,

    à qui les "Etats-Unis d'Europe" sont-ils censés profiter ?....

    

   Christine

                                                 

 

 

20.05.2009

LES GAGNANTS ET LES PERDANTS...

    Il arrive tout de même que certains personnages bien placés en viennent à devoir reconnaître que l'égalité reste bel et bien un mirage, cet aveu n'étant destiné en réalité qu'à mieux éluder les causes profondes d'une injustice fondamentale dont les forces vives de la nation, à savoir la jeunesse, sont les principales victimes. A cet égard, on peut dire que le socialiste Jacques Delors fait partie de ceux-là, lui qui fut en l'occurence particulièrement "argenté" au cours de sa carrière politique, puisque nommé au prestigieux poste de ministre de l'Economie et des Finances en 1981. En 1975, quelques années plus tôt, il avait d'ailleurs déclaré lors d'une conversation avec Claude Glayman avoir la chance de pouvoir cumuler travail, études, activités diverses...

    C'est ainsi -on le remarquera- qu'ayant très habilement placé dans son propos une allusion à la qualité très appréciée que constitue une grande capacité de travail -la réussite n'étant pas seulement due à la chance !-, il lui était très facile de prendre tranquillement la posture du donneur de leçons, ou encore du professeur qui tance les mauvais élèves de la classe, ceux qui décidément ne comprendront jamais rien. S’adressant à Claude Glayman, il rappelait ainsi que «  [la] massification [de l'éducation] a [...] soulevé une contradiction qui n'est pas près d'être résolue. Les parents, dans leur ensemble, veulent l'extension des possibilités d'éducation pour leurs enfants, et, dans le même temps, l'assurance qu'ils sortiront de l'Université avec, comme avant, un permis d'accès à la partie privilégiée de la société. Ces deux idées sont évidemment incompatibles. » (*)

    Cette expression de "permis d'accès" serait vraiment savoureuse si elle ne recouvrait pas une réalité particulièrement dramatique. A vrai dire, les couches populaires pour ce qui les concerne n'ont jamais vraiment eu la possibilité, et ce même avant 1975, d'accéder à égalité avec d’autres catégories sociales aux études supérieures. Jean-François Eck précise à cet égard « qu'il est frappant de constater, d'une enquête statistique à l'autre, que les étudiants inscrits à l'Université sont issus de ménages de cadres supérieurs et de professions libérales dans une proportion de 29 % en 1961, 26 % en 1971, mais 32 % en 2002, tandis que les enfants d'ouvriers ne représentent aux mêmes dates que 5, 13, puis 11 % des effectifs. » (*) On ajoutera par ailleurs que les "concessions" faites dans les années 1970 ne leur ont pas permis de rattraper le retard accumulé..

    Force est donc de constater - mais Jacques Delors l'avait de longtemps compris - qu’il y a encore et toujours des privilégiés dans notre beau pays d'Egalité et de Fraternité. Mais pour expliquer cette contradiction, il faut absolument s'abstenir d'évoquer la permanence d’un antagonisme de classes -une classe exploiteuse face à une classe exploitée -, d’autant que la problématique se pose au coeur même d’un système éducatif appelé à reproduire celles-ci, et organisé dans ce sens.

    Comme pour la loterie, il suffira de dire que certains ont de la chance et d’autres pas, voilà tout.

    Pourtant monsieur Delors, en tant que socialiste, est précisément bien placé pour connaître les raisons qui font que le chemin est bel et bien tracé dès le départ pour une grande partie de la jeunesse, et contrairement à ce qu’il veut nous faire croire, cela ne tient à aucune espèce de prédestination : en réalité, il s'agit grâce à un étalonnage savamment établi par les institutions bourgeoises d'empêcher une grande partie des jeunes d'accéder à certaines sphères de pouvoir exclusivement réservées à ceux dont ils sont tout bonnement destinés à être... les larbins. On décrétera alors que ce sont des "écrasés"... Par quoi ? Par qui ? monsieur Delors ne poussera pas plus loin son analyse et pour cause...

   Pour ce qui concerne, par contre, ceux qui sont susceptibles de s’en sortir, on fera appel à la "bonne âme" d’un soi-disant socialisme qui seul, monsieur Delors nous l'affirme, « s'attaque véritablement aux causes profondes de la pauvreté, car il n'est pas fermé aux faibles, il les conforte, les appuie, leur donne une deuxième ou une troisième chance, [et mieux encore !] leur confère une véritable emprise sur les choses -et sur leur propre vie. »...

     On appréciera ici encore le joli petit tour de passe-passe. Mais ce qui suit s'annonce bien plus délectable encore. En définitive, il n'est pas nécessaire d'aller bien loin pour s'apercevoir que derrière les beaux sentiments se cachent toujours le même mépris et la même haine. Voici donc, selon maître Jacques Delors, un exemple de "chance" qu’il serait possible de donner à ces "malheureux" jeunes d'avoir cette "véritable emprise sur les choses et sur leur propre vie"... Ainsi,

    « puisqu'il subsistera toujours un volant de tâches insipides, pourquoi ne pas les confier, à tour de rôle, à tous les jeunes Français, dans le cadre d'un service civil obligatoire ? » (*) 

    Le gouvernement socialiste saura quelques années plus tard reprendre à son compte cette idée lumineuse : en 1984 seront créés les "quasi emplois", Travaux d’Utilité Collective, Stages d’Insertion à la Vie Professionnelle, et compagnie...                        

    A quand donc les travaux forcés ?

    

   Jeunesse de France, ne leur pardonne rien car ils savent très bien ce qu'ils font.

   

    Christine

 

                                       

* Souligné par nous

 

11.05.2009

A QUOI LA JEUNESSE EST-ELLE DESTINEE ?

    Le 24 mai 1968 à 3 heures du matin, le ministre de l’Intérieur Christian Fouchet déclarait à la radio : «  Cette pègre qui sort des bas-fonds de Paris est véritablement enragée. Dissimulée derrière les étudiants pris par le vertige, elle se bat avec une folie meurtrière... Je demande à Paris de vomir cette pègre qui la déshonore. » A ce moment éclataient au grand jour, éclairés par les événements de Mai, le mépris et la haine à l'égard d'une jeunesse, en particulier celle appartenant aux classes populaires, que l'on avait jusqu'à présent couverte de sollicitude parce qu'elle représentait, notamment pour les industriels du disque, de la motocyclette et du transistor non seulement une manne de consommateurs en puissance, mais aussi une main-d'oeuvre très utile, appelée un jour prochain à combler des effectifs insuffisants. Tout ce qui lui était donc demandé, c'était de tenir le rôle qui lui serait assigné. Par conséquent, décider elle-même de son avenir et par suite de celui de la nation, il ne fallait pas y compter : "on" s'en chargerait à sa place...

    Il se trouve qu'une partie de la jeunesse était à l'époque en première ligne dans la prise de conscience de ce qu'était la réalité de la société qu'on lui préparait : ceux qui étaient étudiants à l'Université de Nanterre par exemple pouvaient apercevoir, à une centaine de mètres de leur résidence, une véritable « ville de tôles ondulées posées sur des planches, parsemée de linge séchant au vent qui chasse difficilement une odeur de latrines. » Comment supporter plus longtemps encore la vue de ces bidonvilles et ce contraste révoltant entre les « jeunes filles de Neuilly en kilt [et bottes luisantes à hauts talons] » et « les Africaines qui marchent dans la boue », pendant que « les étudiants de la résidence reçoivent à toute heure un cours de sociologie appliqué sans égal » ?.

    Sans parler de la précarité des conditions de vie des étudiants réduits à accepter des logements minables à des loyers exorbitants, alors qu'une centaine de chambres sont libres à la résidence de Nanterre et que 50 000 logements restent inoccupés en région parisienne...

    Les choses ont-elles vraiment changé en 2009 ?

    A l'école de notre chère République, on ne cesse de marteler le postulat d'une égalité qui n'est en fait qu'une chimère. Ainsi, l'on enseigne à nos chers petits que chacun est égal à son voisin et que tous ont les mêmes chances... On peut dire que les efforts, qui sont d'ailleurs de moins en moins convaincants, ne sont pas ménagés par les systèmes scolaire et universitaire pour continuer à entretenir une illusion qui ne résiste pas à l'épreuve des faits. Aujourd'hui et plus que jamais, celles et ceux qui dans ce pays, persistent pas à ne pas cacher leur tête dans le sable pour ne rien voir et ne rien entendre pourront sans aucun doute l'attester...

    Mais il est vrai qu'il est plus confortable de continuer à faire comme si, en rejetant la faute sur une jeunesse décidément trop gâtée et qui refuse de rejoindre gentiment le monde des adultes ! Les Enragés de 68 eux aussi étaient qualifiés d'enfants gâtés par leurs aînés.

    Ils refusaient tout simplement d'être définitivement gâtés par une existence mensongère et insipide.

    

                                                               

" Pour un enseignement au service du peuple, non à l'université de classe"

 (Affiche de l'Atelier Populaire de l'ex-Ecole des beaux-arts, 1968)

                                                   

   Christine                                                                                                    

  

                                        

23.04.2009

POURQUOI L'EUROPE ?

     L'ouverture à la compétition internationale et la mise en place du Marché commun ont été possibles grâce au soutien de gouvernements désormais affranchis de tout principe politique, et dévoués à ce qui pourrait s'apparenter à une nouvelle religion : le néo-libéralisme. On peut donc dire que ces derniers n'ont pas ménagé leurs efforts depuis le début des années 1960 jusqu'à nos jours pour favoriser l'accumulation des capitaux et leur circulation, en encourageant par diverses mesures le marché boursier (notamment par des dégrèvements fiscaux pour les détenteurs de revenus du patrimoine, tels que actions et obligations), ou encore en dérèglementant le crédit, les prix et les changes. Tout cela bien entendu au profit des grands groupes...

    Les rachats, fusions et prises de contrôle ont par conséquent été fortement incités, de même que les banques ont été encouragées à financer les investissements à l'intérieur puis au delà des frontières nationales, notamment dans des régions du monde où les perspectives de profit et de pouvoirs accrus étaient les plus prometteuses... En 1916, éclairé par un conflit mondial qui confirmait sa vocation fondamentale de "guerre de rapine", Lénine avait bien perçu cette évolution du capitalisme lorsqu’il déclarait dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme que « tant que le capitalisme reste le capitalisme, l'excédent de capitaux est consacré, non pas à élever le niveau de vie des masses d'un pays donné, car il résulterait une diminution des profits pour les capitalistes, mais à augmenter ces profits par l'exportation de capitaux à l'étranger dans les pays sous-développés. » Pour quelles raisons ? Parce-que, poursuivait-il « les profits y sont habituellement plus élevés, car les capitaux y sont peu nombreux, le prix de la terre relativement bas, les salaires de même, les matières premières à bon marché. » Ainsi, l'on ne s'étonnera nullement de l'accueil plutôt bienveillant accordé par le patronat français, d'habitude fervent protectionniste, à l'avènement de la Communauté Economique Européenne dès 1957 !

    Pour élever le niveau de vie d'une population, il convient d'augmenter ses moyens d'existence (consommation courante, logement, loisirs, etc...), et par conséquent la rémunération de son travail. Or, cela est en totale contradiction avec la raison d'être même du système capitaliste -et de la sphère politique, économique et sociale qu'il contribue à alimenter-, puisqu'il se nourrit de l'exploitation du travail d'une majorité de la population, c'est-à-dire à partir d'une rémunération du travail qui doit être la plus basse possible, autrement dit maintenue au niveau de la seule conservation de la force de travail.

    Alors il est bien évident que lorsqu'il s'agit pour les gouvernements de "drainer" l’épargne à long terme des ménages en vue de financer des investissements destinés à " servir l’intérêt général", ce n’est certainement pas sur celle des ménages salariés qu’ils pourront compter dans la mesure où certains d'entre-eux ont à peine de quoi se nourrir et se loger (sachant que même en travaillant, l’on peut se retrouver à devoir dormir sous les ponts...). A cet égard, Jean-François Eck précise dans La France dans la nouvelle économie mondiale qu’ « en 1987, [...] [le taux d'épargne des ménages français] n'a atteint que 11,8 % seulement de leur revenu disponible » et que « même s'il est sensiblement remonté ensuite (15,4 % en 2004), il tend à s'établir désormais à un niveau inférieur à ce qu'il était au début des années 1970. »

    Il leur faut donc s’en remettre à d’autres catégories sociales, plus à même d'y parvenir. Elles y seront  d’ailleurs fortement intéressées car la libéralisation des prix, l’un des grands chevaux de bataille, va permettre à certaines professions de fixer tout à fait librement le prix de vente de leurs produits ou le montant de leurs honoraires. Les salaires, en revanche, du fait de leur blocage par rapport à l’évolution des prix -rappelons que la désindexation des salaires sur les prix a été entérinée dans les années 1980 par... les socialistes-, ne rattraperont sans doute jamais le retard qu’ils ont pris sur le coût de la vie.

    C'est pourquoi l'espoir était aussi placé (et cela n'est pas peu dire) dans les nouvelles classes moyennes montantes qu'il convenait de "brosser dans le sens du poil", dans la mesure où,  selon J.F. Eck, elles portaient « des valeurs d'efficacité et de technicité [...] » dignes du « prestige des modèles étrangers [...] américains, allemand, japonais [...] », tout particulièrement dans les secteurs dits de pointe et donc... à forte valeur ajoutée pour ceux qui avaient pris "un risque énorme" d’investir et méritaient par conséquent d’être récompensés à la mesure de celui-ci !

    Pour ce qui est de servir véritablement l’intérêt général donc, on repassera. Par la libéralisation du crédit (inspirée de l’admirable modèle anglo-saxon), les banques ont été désormais libres de déterminer leur politique de crédit selon la rentabilité et l’intérêt des projets présentés par les emprunteurs... Nous n’avons plus à l’heure actuelle qu’à en constater les brillants résultats ! Plus que jamais encore nous est donnée la preuve que l’intérêt de tous est, depuis des décennies, littéralement bafoué dans ce pays où les chômeurs (déclarés) se comptent désormais en millions, où le chômage ne touche plus seulement les travailleurs manuels suite à des mutations technologiques mais aussi des éléments des classes moyennes jusque-là épargnées (employé(es) d’entreprise, cadres moyens et supérieurs), où la durée du chômage s’allonge (rappelons qu’en 2006, 43 % des chômeurs inscrits à l’A.N.P.E sont au chômage depuis plus de 1 an , contre 12 % en 1974 et 25 % en 1982). Sans parler de ce qui nous attend avec l’augmentation annoncée du recours au chômage partiel pour ceux qui ont encore du travail, et aux "contrats aidés" pour les salariés précaires...

    Mais nous ne sommes pas seuls dans cette galère. D’autres populations proches de nous ne sont pas épargnées par des inégalités sociales qui ne cessent de s’aggraver. En 1989, dans Les revenus en France, Yves Chassard et Pierre Concialdi soulignent qu’ « en République fédérale d'Allemagne [...], depuis 1981, les salaires des non ouvriers augmentent plus vite que ceux des ouvriers » et ils concluent que « le vent dominant souffle depuis quelques années, dans les économies occidentales, vers une accentuation des inégalités de salaire. »

 

    Qu’est-ce donc que l’Europe si ce n’est une machine de guerre contre les peuples ?...

    Christine

                                

 

 

 

 

05.04.2009

LE SYSTEME REDISTRIBUTIF FRANCAIS, UNE IMPOSTURE ?


    Dans leur ouvrage Les revenus en France paru en 1989, Yves Chassard et Pierre Concialdi indiquent qu'en 1987, les prélèvements obligatoires, c’est-à dire  les impôts et les cotisations sociales, représentaient près de la moitié du produit intérieur brut (45 %). On jugera encore de leur importance en ajoutant que les revenus qui en sont issus constituent, dans le cadre du système redistributif qui est le nôtre, des revenus sociaux conséquents : ceux-ci représentaient en 1987 38 % du revenu disponible des ménages (solde restant pour la consommation et l'épargne).

    Il est à cet égard intéressant de noter que c'est justement au lendemain des événements de mai 1968 qu’a été élaboré le premier bilan redistributif. Paradoxalement, cette année-là s’inscrivait dans une période faste dite des "Trente Glorieuses", la croissance ayant d'ailleurs passé le cap des 5 % en 1967 ! En réalité, l’avènement de cette sacrosainte société de consommation censée apporter le bien-être à tous les individus, n’avait pas empêché (et avait même entraîné) une augmentation sensible des inégalités de revenus... Yves Chassard et Pierre Concialdi soulignent à cet égard que « de 1950 à 1967, durant le temps fort de l'expansion, le pouvoir d'achat des cadres avait progressé à un rythme annuel [de] [...] 5,5% pour les cadres supérieurs et 5,2 % pour les cadres moyens, alors que celui des autres catégories augmentait nettement moins vite (4 % par an pour les ouvriers, 3,8 % pour les employés). » Sous cet éclairage, l'on comprend mieux l'urgence qu’il y avait de mettre en place un système qui, par l'intermédiaire d'une "redistribution des richesses", devait réduire des inégalités sociales jugées par ailleurs inévitables.

    Cependant, les auteurs remarquent qu'il est en fait très difficile de savoir quels effets ce système, -par l'intermédiaire duquel des masses financières considérables circulent-, a réellement sur les ressources des ménages dans la mesure où les études qui le permettraient sont plutôt rares... Effectuer des études approfondies et surtout objectives aurait probablement le désavantage de révéler certains vices cachés, et notamment le fait que, selon les mêmes auteurs, « le prélèvement n'atteint pas de la même façon les différentes catégories sociales [...]. »

    En effet, on peut très facilement remarquer qu’en ce qui concerne les salariés, très peu d’éléments du revenu peuvent passer à la trappe puisque les cotisations sociales sont prélevées à la source et que l’impôt sur le revenu est déterminé sur la base des salaires déclarés directement par les employeurs à l’administration fiscale par l’intermédiaire des DADS ; de plus, en temps que consommateur final,  le salarié paie (encore !) une TVA directement comprise dans le prix des produits qu’il consomme ou des services qu’il utilise. Dans ces circonstances, il  est particulièrement difficile de sous-évaluer ses revenus, contrairement à d’autres catégories sociales et notamment celles, pour ne citer qu’un exemple, dont les revenus proviennent directement de certains "tripotages" financiers. Ainsi, Yves Chassard et Pierre Concialdi, nous apprennent que « si les dividendes versés par les sociétés à leurs actionnaires figurent normalement dans les déclarations, il n’en va pas de même pour les plus-values réalisées lors de la vente de valeurs mobilières : les exonérations diverses et l’habileté des détenteurs pour échapper au fisc en toute légalité font que seule une très faible partie de ces plus-values se retrouve dans les déclarations de revenus... et dans les statistiques. » Et de conclure, ce qui se passe de commentaire : « Cette zone d'ombre qui entoure les revenus du patrimoine recouvre au fond l'ensemble des revenus de la fraction la plus riche de la société. »

   Alors, n’en déplaise aux nostalgiques indécrottables de cette époque des "Trentes Glorieuses" où en France " fleurissaient" malgré tout des bidonvilles. Glorieuses, elles l’ont particulièment été pour ceux à qui, avec la création de l’avoir fiscal sur les actions en 1965, puis le prélèvement obligatoire forfaitaire sur le revenu des obligations en 1966, l’on a pu faire de gros cadeaux fiscaux au nez et à la barbe d’une masse de "contribuables" qui n'en finissent pas d'être taillables et corvéables à  merci !... 

    Ne pensez-vous pas qu'il serait grand temps d'en finir avec cette gigantesque duperie ?!

    Christine

 

15.03.2009

DOUCE FRANCE...

2006. Centre de rétention de Vincennes. Il "abritait" des migrants des pays du Sud ou de l'Est , venus chercher du travail...                             

     et une vie meilleure....       

                                        

   Retour en arrière...

En 1968, chez Citroën, on savait bien quels avantages il y avait à employer de la main d’oeuvre immigrée puisque, sur 8000 ouvriers, 60 % étaient des travailleurs étrangers, plus précisément algériens, yougoslaves, espagnols. On y avait même mis en place un système parfaitement huilé destiné à maintenir cette main-d’oeuvre lucrative dans une soumission totale tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’usine.

   Le journal "Action" du 21 juin 1968 nous apprend notamment que lorsque les étrangers émigrés arrivent en France, c'est « le service du personnel [qui] leur prend leur passeport pour leur faire obtenir leur carte de travail [...] ». Ainsi, « l’ouvrier reste 15 jours sans papiers, ce qui permet à Citroën d’être prévenu par la police de l’agissement de ces ouvriers en dehors de l’usine. » ! Une surveillance rapprochée est par conséquent maintenue en dehors de l’entreprise puisque, selon "Action" toujours, même " le logement [...] est assuré par Citroën dans des centres d’hébergement où le "contrôle" continue après les heures de travail [...] ». Centres d'hébergement dont les ouvriers sont d'ailleurs aussitôt chassés le jour où, ayant perdu leur emploi, ils ne sont plus d'aucune utilité pour le patronat.

    Aux bonnes paroles paternalistes telles que "C'est grâce à la Maison si vous avez un travail et de tels avantages..." succèdent à l’adresse des "insoumis", et entre autres des travailleurs espagnols et algériens, des menaces de reconduite à la frontière... Des incidents particulièrement exemplaires sont à cet égard relatés par  le journal "Action" du 27 septembre 1968  : « [A Citroën Levallois,] des travailleurs étrangers (Espagnols, Algériens) ont été renvoyés dans leur pays pour fait de grève. » (Rappelons qu'interdiction était faite aux travailleurs immigrés d'être syndiqués). On indique que « la D.S.T est venue à la porte de l'usine Lecourbe arrêter un travailleur espagnol qu'elle a livré à la police franquiste » et qu' « un camarade algérien a été remis à la police de Boumedienne. ».

    Ici est mise en exergue la responsabilité d'un Etat soit-disant démocratique, qui selon le courrier qu’un lecteur étranger avait adressé au journal "Lutte Ouvrière " (N° 25 du 8 janvier 1969), serait bien plutôt le complice voire le promoteur d'un système esclavagiste et policier... « A propos des travailleurs algériens en France, écrit-il, je voudrais parler de cette complicité odieuse et diabolique qui existe entre les gouvernements français et algérien. Ceux-ci viennent de porter le nombre d’émigrants de 12 000 à 35 000 par an ; alors qu’il n’y a ni travail, ni logement pour ces milliers d’arrivants. Largement comblés par la main-d’oeuvre italienne, espagnole, portugaise, tunisienne, marocaine, sénégalaise, malienne, yougoslave, etc, qui se bouscule dans les bureaux d’embauche, 95 % des patrons français refusent systématiquement de donner du travail aux Algériens. Dans ce cas, pourquoi les font-ils venir ? Il n’y a pas de travail pour eux et ils couchent dans des caves. »

    Quarante ans plus tard, ne sommes-nous pas encore et toujours réduits à devoir supporter les mêmes effets et méfaits d'un régime toujours plus réactionnaire, exploitant sans vergogne certains sans-papiers, parquant les autres dans des centres de rétention...

    Douce France, cher pays de notre souffrance... Quand donc tes enfants te rendront-ils ta dignité ?

    Christine   

 

 

13.03.2009

LES ENJEUX D'UN ALIGNEMENT ATLANTIQUE

    L’un des rôles majeurs du plan Marshall -mis en  place par les Etats-Unis en 1948 pour aider à la reconstruction des pays européens-  sera, dans un contexte de guerre froide particulièrement tendu, de maintenir coûte que coûte "l'unité sociale" au sein des entreprises européennes, mais aussi entre les entreprises et le marché, c’est-à-dire les consommateurs potentiels ; car le fait que celle-ci soit compromise ne pouvait que mettre en péril l'acceptation et l'assimilation de valeurs comme la libre entreprise, la concurrence et l'efficacité, bref, de ces belles et grandes valeurs accommodées à la sauce bourgeoise et partagées par tous les pays libres ! ... échangistes... Gérard Bossuat nous le confirme d’ailleurs lorsqu'il souligne que « [le plan Marshall] a probablement contribué à diffuser un autre modèle de relations dans l'entreprise et entre les entreprises et le marché » et qu'« [il] a légitimé le culte du bien-être matériel. » Nous ajouterons : ... et de ce fait, a directement contribué au maintien de la paix sociale !

    Rappelons à cet égard qu’en 1953, le plan Marshall a été récompensé pour ses "bons et loyaux services" par le très fameux prix Nobel de la Paix... N’était-ce pas tout à fait logique lorsque l’on voit que, comme l’indique encore G. Bossuat, « l'intérêt du plan Marshall a peut-être été de rappeler aux entreprises européennes que les gains de productivité devaient être partagés entre le capital et le travail. » D'ailleurs, poursuit-il, «que ce soit en France ou en Italie, les archives font mémoire de ces rappels à l'ordre salutaires (*) pour les salariés. » Inutile de dire que ces rappels à l'ordre n'avaient rien d'anodin dans des pays où les partis communistes, très influents, avaient le très vilain défaut d'être encore des partis de classe...

    On ne s’étonnera donc pas que des syndicalistes aient été dépêchés au sein des équipes chargées d’aller quérir la Bonne Parole auprès du très bon et... très riche ! Oncle Sam ... C’est que les services officiels français faisait tout pour restaurer l'unité sociale ; ils étaient même sûrs, selon G. Bossuat, « de l'effet favorable produit sur les représentants de la classe ouvrière d'une visite aux Etats-Unis. » Il faut bien reconnaître à quel point l'appât s'était avéré appétissant, dans la mesure où, selon Guy Mandon, la France semblait, désormais, faire parti du clan « de ces nouvelles sociétés réalisées par  une extension-submersion du modèle de l'american way of life [...] repérable d'abord à une forte hausse du niveau de vie et à l'alignement sur un mode de vie dans lequel un ensemble de standards s'impose [...]. »

    C’est ainsi que fut tout bonnement sacrifiée la souveraineté nationale sur l’autel de la croissance version yankee, à un point tel que depuis lors et jusqu’à maintenant, nous n’avons toujours pas fini d’en payer le prix, et même le prix du sang, chaque jour qui passe nous en apportant la preuve. Il convient donc, tel Ulysse le célèbre roi d’Itaque, de ne pas se laisser tromper par le doux et enivrant chant des sirènes qui, si beau soit-il, ne peut que nous mener tout droit à la catastrophe, nous qui sommes réduits il faut bien le dire à des "pompes à fric humaines" appelées tôt ou tard, selon les intérêts mercantiles capitalistes, à devenir de la chair à canons...

    Car en fait, cette augmentation du niveau de vie destinée à procurer le bien-être (ou un soi-disant bien-être) à l’ensemble de la population, ne rentrait à l'époque du plan Marshall -ceci restant valable de nos jours- que dans le cadre d’un plan de croissance... capitaliste. C'est justement pourquoi il convient de faire preuve d'une extrême circonspection à l'égard de ces concepts, chaque jour serinés par nos gouvernants, que sont la croissance et le pouvoir d'achat, tout simplement parce-qu'ils s'inscrivent au coeur de l'économie politique capitaliste et constituent, de ce fait, des instruments de domination redoutables : il tendent à rendre complices d'un système d'exploitation celles et ceux qui en sont les victimes directes. Machiavélique, non ?

    Il n’est donc pas étonnant que, d’après Guy Mandon, « le niveau de vie moyen des français [ait] pratiquement triplé [de 1945 à 1973] et augmenté plus vite pour les citadins que les ruraux. » Nul doute que l'installation de la population française dans des appartements urbains confortables constituât l’un des "standards" consacrés  par la prestigieuse griffe "Made in USA" auquel il était devenu, désormais, difficile d'échapper, quitte à s’endetter jusqu’au cou et surtout...faire le bonheur des banquiers usuriers. Car, ne l’oublions pas, le crédit est lui-aussi un instrument de domination capitaliste !

    Mais ce développement des logements urbains, puis péri-urbains, va également faire l’affaire des entrepreneurs du bâtiment, qui en raison de la pénurie d’ouvriers (ou d’ouvriers suffisamment soumis de part leur situation pour accepter les travaux les plus pénibles et ingrats, et les conditions de vie les plus déplorables) font appel à une main-d’oeuvre immigrée. A ce titre, Guy Mandon indique que « Portugais et Algériens constituent les gros contingents des étrangers nouveaux dans les années 1960 dans une France où la construction des logements s'accélère et où le taylorisme réclame beaucoup de main-d'oeuvre non qualifiée. »

    Ce que l'auteur ne nous dit pas, -il est vrai que cela écornerait notre belle icône de Nation des Lumières-, c'est qu'en 1968, des travailleurs immigrés essayaient tant bien que mal de survivre dans un bidonville, bien de chez nous celui-là ! C'était à Nanterre, à quelques encablures de Paris, la ville éternelle... la ville révolutionnaire par excellence. Alors, Mai 1968 ?... N'était-ce vraiment que le "coup de chaleur" d’une jeunesse dorée, gâtée ? N’était-ce pas plutôt la rébellion de jeunes gens (**) appelés à être des adultes, et qui sont devenus malgré eux les témoins de l’exploitation de l’être humain dans toute sa crudité au travers de sa conséquence, une misère humaine sans nom ; tout cela, en plein coeur d'une société où fleurissent les promesses hypocrites d’un avenir de progrès, d'abondance, de bien-être... et tutti quanti ?

    A bientôt, d'autres réflexions...

    Christine

                   BIDONVILLE DE NANTERRE 2.jpg                  

"C'était à Nanterre, à quelques encablures de Paris..."

 

 

 

(*) C'est nous qui soulignons

(**) Laurent Joffrin indique qu'à l'époque, 33.9 % des jeunes avaient moins de 20 ans.

01.02.2009

TRAVAILLEURS OU CONSOMMATEURS, A NOUS DE CHOISIR

DAUMIER 2.jpg      Il est troublant de constater qu’après la publication par Karl Marx du Livre I du Capital en 1867, des auteurs autrichien (Carl Menger), anglais (William Stanley Jevons) et français (Léon Walras) se sont efforcés, à travers leurs ouvrages et ce, dès les années 1870, de faire disparaître de l’économie politique toute notion de travail. Désormais, le travailleur et le rôle direct qu’il joue dans la création des richesses, notion dont la véracité avait pourtant été prouvée par Adam Smith, David Ricardo puis Karl Marx lui-même, se voyait remplacé par... le consommateur.

   Depuis lors, on comprend aisément que, chaque jour, on nous rebatte les oreilles de notre "pouvoir d’achat" et que l’on nous parle à tout bout de champ de ces consommateurs "professionnels" que nous sommes (pauvres de nous !) devenus par la Grâce de ces nouveaux spécialistes de la science économique, de ces théoriciens sans doute grassement rétribués par le Capital..
    

   Mais, il n’y a pas que de cela dont on nous rebat les oreilles à longueur de télévision, de radio, de journaux et de revues : car pour que nous puissions continuer à consommer une quantité extravagante d’objets parfaitement futiles -dont l’indécent étalage ne peut que donner la nausée-, il convient évidemment selon le crédo institué de "créer des emplois" ou "sauver" ceux qui sont menacés de disparaître... Devenu l’otage de sempiternelles promesses électorales impossibles à tenir, il semblerait bien que l’emploi ait, lui-aussi, définitivement rencardé le travail aux oubliettes.

   Car, voilà où nous en sommes arrivés : parce que ce terme récurrent d'emploi est devenu le creuset de la détresse humaine et des innombrables revendications qui s’y rattachent, nous en avons oublié, après avoir refoulé la question fondamentale : "qu’est-ce que le travail ?", ce qu’il renferme de redoutable. Car, si je ne me trompe, "employer" signifie bien : " se servir de ", " consommer " et, mieux encore, " mettre à profit " !... Cela voudrait donc dire que, lorsqu’on "emploie un être humain", on se sert de lui, on le consomme, on en use... parfois jusqu’au bout de sa santé et, pourquoi pas... jusqu’à sa mort ?... Il n'est donc pas étonnant que l'on vienne nous rétorquer : « Mais voyons ma brave dame, mon bon monsieur, c’est rien du tout de travailler jusqu’à 70 ans ! »

   Quoi de plus logique finalement dans une société capitaliste où le travailleur est réduit, pour vivre -et dans bien des cas survivre- à vendre ce qui lui reste, lorsqu’on lui a enlevé ses instruments de travail, et qui de ce fait est réduit à une simple marchandise, à une "chose", à une force de... Travail. Voilà pourquoi il est primordial que, dans une nation où un système économique et politique est tout entier organisé pour le seul profit de quelques uns, nous soyons plutôt que des citoyens maîtres de leur destin, réduits à l’état d’élèves dociles, soumis au matraquage d’une Ecole de la Consommation, organisée et dirigée par nos chers pourvoyeurs d’emplois (mais oui) à qui nous devrions l’éternelle reconnaissance de l’esclave envers son maître... ?

   Est-ce donc ainsi que les hommes et les femmes de ce pays doivent vivre ??...

   Il arrive même -et cela va bien au delà des relations maître/esclave- que notre dévouement dépasse leurs attentes : en revendiquant -tel un droit- la possibilité de leur vendre notre force de travail (au moindre coût pour eux) pour être en mesure de leur acheter "leurs" produits (payés par nous au prix le plus fort), nous finissons par intégrer si bien notre leçon que nous la reprenons à notre compte, jusqu’à en être réduits à mendier le pain que nous avons nous-mêmes produit, bref, à devenir les promoteurs de notre propre exploitation !...

   Car il faut bien nous rendre à cette évidence. L’"attention" toute particulière qui nous est accordée à travers nos porte-monnaie, portefeuille et divers comptes en banque, et surtout ! ce soin quasi obsessionnel que l'on prend à vouloir satisfaire à tout prix nos besoins les plus superflus (du moins, ceux que l’on nous attribue de manière tout à fait arbitraire depuis notre tout premier cri, jusqu'à notre dernier soupir) s'insèrent dans une politique gouvernementale bien huilée, s'appuyant sur de très savantes études destinées notamment à nous dissimuler que, de toute façon et par n'importe quel bout qu'on veuille bien prendre le problème, l'emploi ça reste l'exploitation, et le salariat, la servitude...

   Afin d’illustrer notre propos, prenons par exemple la théorie de Keynes. Guy Mandon indique qu'elle « place la politique économique au coeur de l'action gouvernementale ». Ainsi, « elle doit, grâce aux outils et aux experts, orienter la consommation pour l'ajuster aux potentialités de la production ». Plus précisément, « elle définit, à partir de l'objectif d'utilisation optimale des facteurs de production, le niveau de la demande optimal à atteindre et oriente dans ce sens à la fois la politique salariale et celle de l'investissement. »(*)

   Où donc se trouve, là-dedans, la prise en compte de l'intérêt général, c'est-à-dire de l'intérêt de la population dans son ensemble, puisqu'il semble que l'on n'ait cure de ses besoins réels : en fait, c'est bien à partir de ceux du Capital et de son irrépressible soif de profit qu'est organisée la production tout entière, avec la complicité d'un Etat soumis aux multinationales. « La politique budgétaire, ajoute Guy Mandon, vise essentiellement à stimuler ou freiner l'activité en fonction de la conjoncture préalable. [...] » Pour stimuler la consommation (orientée, rappelons-le dans le sens voulu par ceux qui y ont un intérêt purement financier), on agira notamment sur les impôts lesquels pourront alors être revus à la baisse pour certaines catégories..., c’est-à-dire, « celles qui ont la plus forte propension marginale à consommer ». Et l'auteur, de conclure que « les couches populaires [...] dépensent plus quand on augmente leurs revenus ». (*)

   Il est par conséquent bien clair que rien dans cette société n'est organisé de façon à ce que nous soyions maîtresses et maîtres de notre travail, de notre existence et de l'avenir des générations futures, tout simplement parce qu'une poignée de profiteurs soutenus par nos gouvernants s'en approprient les moyens pour accroître leur richesse personnelle et asseoir leur puissance. Il s'agit pour eux de profiter au maximum et sans vergogne des poules aux oeufs d'or que nous sommes... Citoyennes et citoyens,  gardons toujours bien à l'esprit que nous restons dans un contexte de lutte à mort et que, même si l'on nous caresse dans le sens des plumes, on n'hésitera jamais, à la première occasion, à nous tordre le cou.

   Bon courage à vous toutes et tous,

   A bientôt,

   Christine

    (*) C'est nous qui soulignons

07.01.2009

POURQUOI NOUS EN SOMMES ARRIVES LA...

LA REPUBLIQUE AVEUGLEE.jpg La voix de la colère soumet à votre réflexion (et, si possible à vos commentaires), ces quelques lignes qui ont été écrites en 1963, soit cinq années seulement après que la Constitution de la Vème République ait été "démocratiquement" imposée au peuple français...

Signalons déjà que toute ressemblance avec des événements actuels n'est absolument pas fortuite...

                                 o-o-o-o-o-o

  Selon Maurice Bouvier-Ajam et Gilbert Mury dans Les classes sociales en France, " à partir du moment où l'essentiel de l'investissement productif est fait par l'Etat lui-même, les grandes fortunes se lancent tout à la fois dans la haute spéculation, la thésaurisation, la dépense massive et somptuaire. Elles ne font exception qu'autant qu'elles rencontrent un champ d'action encore insuffisamment exploré par elles et riche en promesses de profits rapides et élévés [...]. "  [Car] " le capital, pas plus maintenant qu'auparavant, ne peut tirer son profit de lui-même : il lui faut s'approprier la plus-value et, toujours, chercher à augmenter sa prise, donc chercher à réduire au minimum la rémunération du travail. "  [Par conséquent], " il est incapable de renoncer à l'appauvrissement des masses, puisque cet appauvrissement est un facteur d'extension de la fortune des exploiteurs. [...] [Ainsi], " il ne peut pas adopter une politique qui contrarierait sa propre structure, ses propres principes, sa propre finalité. "

   " Les perspectives du capitalisme sont, ici, bien claires : une "masse" sans cesse plus large et plus profondément exploitée oeuvrera pour la satisfaction croissante des besoins multipliés d'une "élite" de  plus en plus restreinte. Voilà qui cadre mal avec les thèses du brassage social et du nivellement des conditions ! [...] Tout observateur objectif du procès social en cours constatera que c'est bien vers une considérable disparité des fortunes et vers une diminution numérique de "l'élite" dominatrice, que s'oriente la conjoncture française. Les privilégiés se prennent à penser que la surexploitation de la masse les autorisera seuls à jouir de tous les progrès de la technique et des arts, la nation tout entière n'existant que pour leur en fournir les moyens. L'idéal, certes, serait que la nation fût consentante : d'où les simagrées (*) d'une politique promettant tout à long terme et ne donnant spontanément jamais rien. "

   " Mais à l'heure du capitalisme monopoliste d'Etat (*), les dominateurs se font peu d'illusions sur la docilité des dominés. S'ils usent de toutes les armes de la propagande officielle , s'ils jouent de la candeur populaire en excitant l'opinion sur de faux problèmes ou des problèmes secondaires, ils n'en font pas moins de grands efforts pour limiter la participation du peuple à la gestion des affaires publiques. Le régime parlementaire présente pour eux de tels dangers qu'ils cherchent à imposer un régime dit "du pouvoir personnel", réduisant ou éliminant la représentation nationale et confiant l'administration et le destin du pays à leurs propres représentants. "

   " C'est à ce titre qu'on peut discerner dans l'évolution du capitalisme une velléité de retour à des institutions et des méthodes de type féodal. De quoi s'agit-il, en somme, sinon d'asseoir institutionnellement la domination des seigneurs modernes, auteurs de la loi, maîtres de la police, sur des "sujets" privés de tout pouvoir et de tout autre droit que celui d'obéir ? "

A bientôt !

Christine

 

(*) C'est nous qui soulignons

26.12.2008

LA NUIT DERNIERE, J'AI REVE...

LENINE.gifLa nuit dernière, alors que je devais être encore travaillée par les brûlantes questions de la veille, j'ai fait un rêve tout à fait étrange...

Je me trouvais face à Vladimir Ilitch Lénine et nous avions un entretien... 

 

 

 La voix de la colère : Existe-t-il un lien entre l'exploitation du travail des salariés étrangers et l'impérialisme ?

Lénine : Précisément, cette exploitation du travail d'ouvriers plus mal rétribués venus des pays arriérés est caractéristique de l'impérialisme. C'est en particulier sur elle qu'est fondé pour une part le parasitisme des pays impérialistes riches qui corrompent une partie de leurs ouvriers à l'aide d'un salaire plus élevé, tout en exploitant sans mesure et sans vergogne la main-d'oeuvre étrangère "bon marché". Il faudrait ajouter les mots "plus mal rétribués" ainsi que les mots "et souvent privés de droits", car les exploiteurs des pays "civilisés" profitent toujours de ce que la main-d'oeuvre étrangère est privée de droits.

La voix de la colère : Pourquoi les salariés étrangers sont-ils conduits à quitter leur pays ?

Lénine : Le capitalisme a créé une sorte particulière de transmigration des peuples. Les pays dont l'industrie se développe rapidement utilisent davantage de machines et, évinçant les pays arriérés du marché mondial, relèvent chez eux les salaires au-dessus de la moyenne et attirent les ouvriers salariés des pays arriérés... Nul doute que seule une extrême misère force les gens à quitter leur patrie...

La voix de la colère : Le retard pris par ces pays et la misère qui en découle ne seraient donc pas le fruit du hasard... Quel intérêt pour l'Amérique, par exemple ?

Lénine : L'Amérique va de l'avant de plus en plus vite, prenant dans le monde entier la population ouvrière la plus énergique et la plus apte au travail... Plus un pays est arriéré, et plus il fournit d'ouvriers non qualifiés, de manoeuvres, d'ouvriers agricoles. Les nations avancées s'approprient pour ainsi dire les meilleures sortes de gagne-pain, en laissant les pires aux pays demi-sauvages.

La voix de la colère : De tout ceci, vous retirez, semble-t-il, un enseignement paradoxal...

Lénine : Seuls les réactionnaires peuvent se boucher les yeux devant la signification progressive de cette moderne migration des peuples. Il n'y a pas et il ne peut y avoir de délivrance du jougs du capital sans développement continu du capitalisme, sans lutte des classes sur son terrain. Or, c'est précisément à cette lutte que le capitalisme amène les classes laborieuses du monde entier, en brisant la routine rancie de l'existence locale, en détruisant les barrières et les préjugés nationaux, en rassemblant des ouvriers de tous les pays dans les plus grandes fabriques et mines d'Amérique, d'Allemagne, etc.

La voix de la colère : Quel rôle, alors, pour les ouvriers conscients ?

Lénine : La bourgeoisie cherche à diviser en excitant les ouvriers d'une nation contre ceux d'une autre. Les ouvriers conscients, comprenant qu'il est inévitable et progressif que le capitalisme brise toutes les cloisons nationales, s'efforcent d'aider à éclairer et à organiser leurs camarades des pays arriérés.

                                                                               ...

...  Je me suis réveillée en sursaut et très agitée : la preuve m'était une nouvelle fois donnée que, décidément, il n'existe aucune fatalité de  l'exploitation, que notre présent est intégré au mouvement de l'Histoire et que tout reste à faire !

 Christine

 (citations extraites des Oeuvres de Lénine)

25.12.2008

PROPOSITION DE REFLEXION : SUITE ET FIN

 

   Cependant, pour que cette vertu vraie -qu'elle soit courage, abnégation ou encore héroïsme- ne devienne pas un pur sophisme, il faut qu'elle nous porte à mener un combat acharné et sans cesse renouvelé contre toutes les formes de réaction et de régression, que celles-ci se manifestent au dedans comme au dehors. Et pour tout dire, elle seule doit se trouver à la base de tout militantisme destiné non seulement à oeuvrer pour une transformation radicale de la société capitaliste mais encore à défendre les peuples, dans le cadre d'une solidarité de classe internationale, contre toutes les agressions dont ils peuvent faire l'objet.

   C'est donc en ces termes que nous conclurons, avec Jean Jaurès, que " [la classe ouvrière] défendra la liberté de la patrie elle-même dans un intérêt de classe, et elle essaiera, par un incessant effort, de substituer à une patrie d'inégalités et de privilèges une patrie de pleine égalité sociale qui s'harmonise par là-même avec les autres patries ". A cet égard,  "[...] le syndicalisme révolutionnaire [est un moyen d'action que] le prolétariat organisé [...] met au service de sa revendication sociale, au dehors comme au dedans ; [...] il est décidé à en user pour arracher la direction de la patrie à ceux qui abuseraient d'elle, pour la jeter malgré elle, malgré le peuple, dans une guerre d'aventure et d'agression. "

 Christine

 

17.12.2008

PROPOSITION DE REFLEXION... (SUITE 3)

   Mais cette logique inexorable n'est pas propre au capitalisme. Elle concerne tous les régimes qui reposent sur la tyrannie et sur l'oppression de la majorité par une minorité. C'est en ces termes qu'en février 1793, Robespierre mettait en garde ses commettants :  " Ceux qui veulent donner des lois les armes à la main ne paraissent jamais que des étrangers et des conquérants, surtout à des hommes qu'il faut désabuser et apprivoiser avec la République et avec la philosophie. " Ecrivant à l'adresse de la postérité, Saint-Just rappelera " [...] que l'homme n'est point né méchant ; c'est l'oppression qui est méchante ; c'est son exemple contagieux qui, de degré en degré, depuis le plus fort jusqu'au plus faible, établit la dépendance. "

   Cette sourde colère que l'on ne peut que ressentir face aux injustices qui perdurent, détruisant l'existence de millions d'êtres humains -dont chacune et chacun de nous fait partie à des degrés divers-, peut-être serait-il salutaire avant qu'elle ne nous étouffe, de la transformer en une sorte, pourquoi pas ? d'insurrection, qui consisterait à jeter, enfin ! le pied dans cette immense fourmilière de mensonges et de préjugés mortifères qui règlent nos vies à notre place.

   Oui, sans doute est-il grand temps de nous engager dans une lutte sans merci contre l'Aliénation et ses multiples formes.

   Les artistes pour ce qui les concerne sont souvent précurseurs en la matière parce-qu'ils sont la plupart du temps des visionnaires et que leur engagement personnel est tel qu'il ne souffre aucune concession... Ce fut le cas de Vincent Van Gogh dont la peinture, d'une sensibilité "à fleur de peau" et qui restera à tout jamais insoumise aux conventions, laisse entrevoir comme dans l'entre-baîllement d'une porte, cette Autre vie où toutes les possibilités de Création s'offrent à nous. 

   Chez d'autres artistes, tel Honoré Daumier, la démarche est autre, peut-être plus radicale encore, dans le sens où elle se situe dans un contexte historique très particulier : la Révolution industrielle du XIXème siècle et le développement sans précédent d'un prolétariat urbain condamné à survivre de son travail dans des conditions particulièrement inhumaines... (*)  René Huyghe nous apprend ainsi que "par ses caricatures percutantes, par la férocité de sa verve, [Daumier] dénonce la duperie des conventions transmises et consacrées, des prestiges séculaires, admis et intouchables, et qui pourtant ne sont que coquilles rigides du vide [...]. " C'est qu'en fait, poursuit l'auteur "il veut substituer au [capital et à l'héritage, aux situations sociales acquises que les privilégiés reçoivent sans effort et sans mérite] le prix positif du travail. " Et, de conclure que "pour que cet impitoyable moqueur devienne soudain grave, il suffit qu'il se place en face du labeur vrai, de celui où le résultat exige l'effort et où la vie doit s'engager de toutes ses ressources. " (**)

   Ludwig Van Beethoven, pour ce qui le concerne, savait très bien sans parler la même langue ce que cela voulait dire. Il le résumait d'un seul mot, vertu, qui avait pour lui le même sens qu'il peut avoir pour tout révolutionnaire sincère. Il est à déplorer que cette valeur humaine, comme tant d'autres ! , ait été appropriée et dénaturée par une morale bourgeoise guindée et hypocrite, utilisée surtout à des fins de mise au pas du "bon peuple" ...

   La vertu, sous la plume de Beethoven, n'a strictement rien à voir avec cette morale là. Elle est bien plus ambitieuse et bien plus difficile à suivre, car à travers elle, c'est encore et toujours la vie qui s'engage de toutes ses ressources ! En 1816, il écrit dans son carnet intime que ce sont "les vaillants, les hommes supérieurs [qui] nous incitent à accomplir les actes nobles et méritoires ; les lâches, les mauvais, des choses basses, indignes. Car, poursuit-il " le vice passe par des chemins attrayants pour la volupté, engageant ainsi l'homme à le suivre. La vertu, au contraire, choisit des sentiers abrupts et ne peut nous séduire aussi vite et facilement, surtout si nous sommes invités à prendre un chemin doux et agréable. "

Suite au prochain numéro...

Christine

 (*) A ce sujet, il serait intéressant de se reporter à l'ouvrage d'Eugène Buret, écrit en 1840, et intitulé "De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France" t. I et II, ou encore à celui de M. Blanqui, "Des classes ouvrières en France pendant l'année 1848", paru en 1849

(**) C'est nous qui soulignons

15.12.2008

PROPOSITION DE REFLEXION... (SUITE 2)

   Cette question des monopoles nous renvoie à la nécessité devant laquelle va se trouver le mode de production capitaliste d'étendre son influence au niveau international. Dans la mesure où les besoins des populations nationales (et leur capacité d'achat) ne sont pas indéfiniment extensibles, et où il faut produire toutes sortes de marchandises en grande quantité pour réduire les coûts (et maintenir les profits), le capitalisme monopolistique va devoir coûte que coûte trouver de nouveaux "filons" lui permettant d'écouler ses produits dans les pays voisins, voire dans des pays beaucoup plus lointains. C'est ainsi que le capitalisme évoluera vers l'impérialisme.

   Pour maintenir sa domination économique sur les populations des pays étrangers où il a placé ses intérêts et neutraliser s'il est besoin les résistances qui finiront par se dresser devant lui, il n'hésitera pas à faire appel à la force pour éliminer ce qui le gène dans son maintien et dans son développement, quitte à réduire à néant des populations entières et leur culture...  mais, tout en prenant bien soin d'épargner les équipements qui lui servent à produire et/ou assurer son propre approvisionnement en matières premières.

   Là encore, la domination économique va s'accompagner d'une oppression politique, qui s'appuira sur les instruments idéologiques reproduits par cette même domination. Par conséquent, il suffira tout simplement de décréter que des pays sont  "sous-développés" ou, plus hypocritement, "en voie de développement" pour s'ingérer dans leurs affaires intérieures, au risque de déclencher de graves guerres civiles voire de véritables génocides... Rappelons que s'il y a "sous-développement", celui-ci est dû au fait que les richesses de ces pays ont été ou continuent d'être pillées par des puissances étrangères qui les exploitent à leur seul profit, et ce, au prix souvent des pires dégradations, tant sur le plan humain qu'environnemental.

   Pour conclure définitivement l'affaire à leur avantage, les fidèles serviteurs du dieu Capital n'auront plus qu'à venir brandir leur bannière de Sauveurs venus porter Assistance ou, mieux encore, et c'est un comble,... défendre la Liberté !...

   C'est ainsi que finalement nous en arrivons à devoir réfléchir également à la position qu'il conviendrait d'adopter vis-à-vis d'autres peuples, et notamment aux relations que nous entendons entretenir avec eux. Là aussi, nous l'avons vu, la société capitaliste ne peut se comporter autrement à l'extérieur de ses frontières qu'elle ne se comporte à l'intérieur, tout simplement parce-qu'elle est irrémédiablement prisonnière de sa propre logique : sa vocation n'est absolument pas tournée vers tout ce qui touche à la Création, puisque seul le travail des populations qu'elle exploite est créateur de richesses.  Gâtée dans son fondement même par cette contradiction, elle ne peut assurer la défense de ses intérêts que par des moyens réactionnaires ; ce faisant, elle ne fait qu'attiser la colère de ceux qu'elle écrase sous son joug, précipitant à terme sa propre chute.

Suite à venir...

Christine

 

PROPOSITION DE REFLEXION... (SUITE)

   C'est bien sûr une volonté sincère de repenser l'existence qui doit permettre d'identifier et d'organiser ses propres forces pour résister à toutes les formes d'aliénation, dans une dynamique de transformation vers une condition humaine en  progrès constant. Mais cette évolution, seule une société démocratique peut l'assurer car, comme le rappelle également Pierre Cot : " la société démocratique [est] fondée sur un principe d'égalité et de compétence générale [...] ", alors que " la société capitaliste [est] fondée sur un principe de hiérarchie et de compétence technique [...]. "

   Par hiérarchie et compétence technique, il faut entendre domination de ceux qui bénéficient de la propriété privée des moyens de production ainsi que du savoir sur ceux qui ne sont destinés qu'à exécuter. C'est pourquoi, les rapports régissant les procès de travail dans une société où le mode de production est basé sur l'exploitation du travail d'autrui ne peuvent être que despotiques, -n'en déplaise aux promoteurs et défenseurs de nouvelles méthodes d'organisation, type Kaisen ou autres.

   Car si Taylor et les rythmes de travail infernaux imposés à l'ouvrier spécialisé travaillant " dans des conditions qui ne sont pratiquement pas celles de la vie réelle " semblent avoir disparu, les méthodes utilisées et les normes imposées (qualité, sécurité, environnement, etc...) dans des entreprises modernes faisant appel à une haute technicité, font que les producteurs sont davantage soumis à la toute puissance d'un processus, qui déguisé sous le masque d'une fausse coopération, les réduit de toute façon à des "instruments"de productivité dans un contexte qui demeure fondamentalement inhumain.

   La philosophie Kaisen, pour ne citer qu'elle, rappelle à cet égard que " tous les individus doivent conjuguer leurs efforts pour obtenir un résultat au niveau de l'équipe et "ramer dans le même sens" ". (*)  Ainsi, comme le soulignent Maurice Bouvier-Ajam et Gilbert Mury, " le problème se situe précisément au niveau de l'élaboration [des méthodes de production], voire de l'évolution du machinisme lui-même. " Et ils concluent que "transformer l'homme en un simple appendice des instruments de production, c'est créer la nécessité de le soumettre, comme ses instruments eux-mêmes, à un contrôle extérieur permanent. "

   La compétence technique n'est enfin, dans une société capitaliste, que la résultante de l'appropriation et de l'utilisation de savoirs techniques à des fins exclusivement lucratives. Rappelons, s'il était besoin, que le capital accumulé permet la rémunération des services des meilleurs chercheurs, ainsi que l'achat des équipements les plus performants. Ainsi, on peut se demander si la Recherche, dans son ensemble, n'est pas entièrement ou dans sa majeure partie, consacrée au développement d'outils et de techniques les plus perfectionnés au seul profit des monopoles, et si elle ne contribue pas en même temps à l'aggravation de la pression exercée sur le monde du travail... M. Bouvier-Ajam et G. Mury considèrent en effet que la " fusion de la surveillance technique et de la surveillance sociale, décelés par Marx au temps du capitalisme libéral, ne pouvaient manquer de devenir une technique d'exploitation consciente et systématique avec l'apparition des monopoles. "

A bientôt, pour la suite...

Christine

(*) C'est nous qui soulignons

 

 

13.12.2008

PROPOSITION DE REFLEXION A PARTIR DES TEXTES PUBLIES SUR LE BLOG



   La démocratie politique ne peut pas servir à apporter la démocratie sociale, si au niveau de la société elle-même, les acteurs principaux de l'économie, à savoir les éléments du prolétariat en tant qu'ils sont producteurs de la plus-value, et par conséquent de la principale richesse, continuent d'être soumis à l'exploitation de leur force de travail par la bourgeoisie. Celle-ci, principale bénéficiaire de leur labeur par l'accaparement de la plus-value ou sur-travail finit, grâce au capital qu'elle a accumulé, par dominer financièrement et idéologiquement toutes les sphères de la société, ce qui lui permet grâce aux instruments de reproduction idéologiques issus de cette même domination (ex : éducation), de perpétuer celle-ci, tout en développant la paupérisation de la majeure partie de la population.

   Mais au delà des difficultés matérielles que cette exploitation éhontée peut créer au quotidien pour assurer ne serait-ce que la simple survie  -la rémunération du travailleur productif étant calculée sur la reproduction de sa force de travail et rien de plus-, il y a cette aliénation de l'être, cette sensation d'enfermement, cette migraine de l'âme, qui fait que l'on devient étranger à soi-même et aux autres... Comment donc, dans ces conditions, parler de démocratie politique, lorsqu'il est devenu quasiment impossible de réfléchir sur sa propre existence et l'avenir de la cité, les deux étant bien évidemment étroitement liés ?

   C'est ici qu'intervient cette question lancinante du bien général, éternel retour d'un principe qui décidément, n'en finit pas d'insister... Louis Antoine Saint-Just, ami de Robespierre, écrivait qu' " aussitôt que la question du bien général cesse d'être posée, on n'a plus de mesure pour juger sainement la situation politique de l'Etat. Chacun prend le parti qui lui convient pour arriver à la fortune, et s'assouvir lui-même. " Comment avoir la force d'envisager des perspectives politiques réellement démocratiques, puisque selon Pierre Cot, " pour construire une démocratie réelle,   il est [...] nécessaire d'adopter les outils constitutionnels assurant la transformation de la volonté du peuple en moyen d'action gouvernementale." ?

 A suivre...

Christine

 

 

 

 

 

07.12.2008

LA CULTURE, INSTRUMENT DE LIBERATION

 

LA NUIT ETOILEE 2 - VAN GOGH.jpg

Cet enfermement où se trouve parfois notre esprit aveuglé par l'angoisse, c'est comme une maladie qui resurgit de temps en temps ; c'est la migraine de l'âme, qui nous ligotte pieds et poings et nous cloue sur place, étrangers à soi et aux autres. Il y a, cependant, ces formidables moments de "triomphe", où quelqu'un d'Autre s'empare de nous pour nous faire toucher du bout du doigt, un morceau de vérité, un morceau de paradis... On a alors l'intuition que la vraie vie, telle que pouvait l'entrevoir Van Gogh, est ailleurs ; qu'il existe quelque chose de différent et incontournable, voire de nécessaire... Comme un possible nouveau grand soir !

C'est l'annonce du début de la fin de la soumission. Le courage et l'imagination ne doivent pas nous manquer pour mettre en oeuvre les solutions pour mieux vivre, si ce n'est d'une manière plus ambitieuse, pour exister enfin. Cela suppose un retournement sur soi, une remise en question sincère de certains acquis profondément ancrés et plus ou moins mortifères. C'est oser jeter le pied dans une immense fourmilière de mensonges et s'engager dans une lutte sans merci contre une autorité aux multiples visages, qui, depuis des décennies, et même des centaines d'années, supplante la vraie parole de nos pères.

La volonté de repenser l'existence doit permettre d'identifier et d'organiser ses propres forces et faiblesses pour y parvenir, comme une dynamique de transformation vers une condition humaine en progrès constant. Cependant, tout processus de libération ne peut s'engager sans une réappropriation individuelle et collective de la culture. Toute oeuvre artistique, qu'elle soit picturale, musicale ou littéraire, en tant qu'elle est produite par l'humain, nous renvoie à notre propre humanité, c'est-à-dire à notre propre sensibilité et capacité de création. C'est alors que nous prenons conscience de notre pouvoir d'intervention sur l'existence et de résistance face à l'angoisse et à toutes les formes d'aliénation.

Et c'est aussi la réalisation en acte de notre pouvoir d'Aimer.

Christine

 

 

29.11.2008

ART ET REVOLUTION

" Les révolutions de 1830, et surtout de 1848, se sont accomplies dans l'art aussi. [...] : ce fut l'oeuvre de Daumier. [...] Certes, il ne fait de politique, et militante, que dans la caricature, cet instrument d'action ; mais, dans sa peinture et son dessin, il est l'interprète spontané, intuitif, de l'évolution que subit le monde. [...] Au moment où le XIXème siècle assure le triomphe sans limite [de l'individualisme], il lui substitue brusquement un sens de l'humanité collective, qui annonce la civilisation d'aujourd'hui, celles des masses. [...] "

" Par ses caricatures percutantes, par la férocité de sa verve, Daumier dénonce la duperie des conventions transmises et consacrées, des prestiges séculaires, admis et intouchables, et qui pourtant ne sont que coquilles rigides du vide ; [...]. Au même moment, le socialisme naissant réclame la suppression du capital  et de l'héritage, des situations sociales acquises que les privilégiés reçoivent sans effort et sans mérite ; il veut leur substituer le prix positif et réel du travail. Que fait donc Daumier que de remplacer la valeur "capital", capital des règles, des vénérations incontrôlables, par la valeur "travail", par les forces présentes, actives, effectives ? [...] Pour que cet impitoyable moqueur devienne soudain grave, il suffit qu'il se place en face du labeur vrai, de celui où le résultat exige l'effort et où la vie doit s'engager de toutes ses ressources. "

" L'énergie, thème directeur nouveau du XIXème siècle, s'incarne dans le Peuple, à partir de Daumier, non plus le peuple rural millénaire de Millet, mais le peuple prolétarien des cités modernes. "

HONORE DAUMIER.jpg

René Huyghe, à propos d'Honoré Daumier (1808-1879).

 

 

27.11.2008

REFLEXIONS SUR LA DEMOCRATIE

 " Pour construire une démocratie réelle, il est [...] nécessaire d'adopter les outils constitutionnels assurant la transformation de la volonté du peuple en moyen d'action gouvernementale. De telles procédures constituent ce qui pourrait s'appeler la "démocratie autoritaire". Une démocratie de ce genre est conforme à la meilleure tradition de la Révolution française, la tradition jacobine. Un tel régime, naturellement, respecterait et garantirait les droits essentiels de l'individu, puisque ce serait une démocratie. Mais en période de crise, ce régime devrait être capable de se transformer en "dictature de la majorité", étant entendu qu'il n'existe aucun danger pour qu'une telle dictature ait les inconvénients de la dictature d'une minorité fasciste ou d'une clique militaire, aussi bien sur le plan extérieur que sur le plan intérieur. "

" L'erreur que l'on a commise durant tout le XIXème siècle et la première partie du XXème est d'avoir cru que la démocratie politique pouvait servir à apporter  la démocratie sociale ; c'était une erreur parce que les forces capitalistes anti-démocratiques se sont révélées plus puissantes que les forces politiques démocratiques. Dans la lutte entre le pouvoir politique (c'est-à-dire la démocratie) et le pouvoir économique (c'est-à-dire le capitalisme), la démocratie européenne a succombé. "

" Le second argument doctrinal consiste à souligner la contradiction grandissante entre la société capitaliste, fondée sur un principe de hiérarchiePIERRE COT.jpg et de compétence technique, et la société démocratique, fondée sur un principe d'égalité et de compétence générale. "

 

Pierre Cot, ministre de l'Air du Front Populaire, ami de Jean Moulin qui fut également son chef de cabinet.